4e jour du procès Bruno Wiel : audition des experts, psychologues et psychiatre

Chaque jour du 18 au 28 janvier, SOS homophobie tient le journal du procès des quatre agresseurs de Bruno Wiel.

La quatrième journée du procès, vendredi 21 janvier, a été essentiellement consacrée à l’audition des experts, psychologues et psychiatre, qui ont examiné les prévenus lors de leur détention. Puis chaque prévenu a été invité, pour la première fois, à donner sa version des faits.

Les expertises psychologique et psychiatrique
Les experts ont été appelés à la barre afin de présenter oralement leurs rapports et répondre aux questions de toutes les parties. Les expertises psychologiques ont été conduites en juin et août 2007, soit un an après les faits. Elles ont pour but d’éclairer la cour sur la personnalité des prévenus, en aucun cas de se prononcer sur leur culpabilité. Les prévenus, qui n’étaient pas satisfaits du portrait dressé d’eux à l’issue de cette expertise, ont demandé une contre-expertise, qui sera réalisée un an après par une autre experte, psychologue et psychanalyste. D’entrée de jeu, l’experte, psychologue et criminologue, explique que les quatre prévenus lui ont tous précisé que l’orientation sexuelle de Bruno Wiel n’avait pas eu de rôle dans les faits. Il se sont tous présentés comme hétérosexuels exclusifs. A l’exception de M. Wijesinghe, ils ont tous déclaré avoir des problèmes d’alcool et de drogue (cannabis) au moment des faits.

Yohan Wijesinghe
Examiné un an après les faits, il a déclaré qu’il n’avait “rien à voir avec cette histoire“, qu’il n’était que le conducteur, qu’il avait “essayé de le protéger” mais n’avait “pas réussi à les séparer“. Il n’a alors manifesté ni regret ni sentiment de culpabilité. L’experte explique que les éléments qui ont pu faciliter les actes jugés sont l’alcool, l’effet de groupe, et la fragilité de la victime, qui nourrit l’agressivité. L’avocate de SOS homophobie lui demande quel sens donner au fait d’introduire un bâton dans l’anus d’une personne. L’experte explique qu’une agression sexuelle peut avoir deux motivations: la recherche du plaisir, ou être utilisée comme arme : elle s’inscrit alors dans un comportement d’agressivité. “Le viol est le summum de la satisfaction dans la relation de domination, dans la volonté de contraindre et de salir“, déclare-t-elle.  Lors de la contre-expertise, 10 mois plus tard, Yohan Wijesinghe ne dira plus que “c’était une petite connerie“. L’experte relève un problème d’introspection, car il se présente comme “trop gentil, calme, posé“. Elle note elle aussi un manque d’empathie vis-à-vis de Bruno, et ne sait pas si l’évolution de Yohan entre les deux expertises est réelle ou utilitaire.

Antoine Karim Soleiman
L’experte le décrit “à l’aise, riant, minimisant son rôle” : “J’ai presque rien fait“, lui a-t-il dit. Elle l’a trouvé “immature, très sûr de lui, il joue l’homme fort, blasé, il ne présente ni regrets ni remords, la victime l’indiffère, il n’a pas de sentiment de culpabilité.” Me Mécary, avocate de SOS homophobie, lui demande de confirmer une mention de son rapport d’expertise : “Il peut mentir en toute sérénité.” L’experte confirme. M. Soleiman demande alors la parole pour expliquer qu’il est incarcéré depuis 54 mois, qu’il n’est plus le même, qu’il a fait un travail sur lui et a mûri. Lors de la contre-expertise, un an et demi plus tard, il dira avoir beaucoup évolué, regretter et avoir des remords. Il explique qu’il ne se sentait pas homophobe, et qu’il a pris conscience de ses  “erreurs“. Il reconnaît qu’il n’a pas tenté de protéger un homme à terre. L’experte estime que le risque de récidive viendrait de la consommation d’alcool ou de drogue.

Julien Sanchez
Un an après, M. Sanchez a reconnu devant l’experte la totalité des faits. Il montre des émotions, exprime honte et regrets. L’experte le décrit comme immature, en recherche affective et ayant des problèmes identitaires. Il lui déclare : “c’est moi qui ai fait le pire, aidé par Yohan. Je lui ai mis le bâton.” Il ne comprend pas comment les choses ont pu en arriver là, et se dit apaisé d’avoir tout dit au juge.

David Deugoué N’Gagoué
L’experte a été intriguée par le “double” que David s’est créé, Maël, et auquel il attribue ses mauvaises actions. Il reconnaît sa participation, sa responsabilité, manifeste des regrets et présente une estime de soi “effondrée“. L’experte relève sa fragilité affective, elle l’estime mature et capable d’autocritique.

Les rapports d’expertise psychiatrique
L’expertise psychiatrique a elle pour but de déterminer :
- si le prévenu souffre d’une pathologie mentale au moment de l’examen ;
- s’il était ou non pleinement responsable de ses actes au moment des faits ;
- s’il est accessible à une sanction pénale, c’est-à-dire s’il peut en comprendre le sens.
Selon l’expert, aucun des quatre prévenus ne souffrait d’une pathologie mentale, ils étaient tous pleinement responsables, ils étaient tous accessibles à une sanction pénale. Près de deux ans après les faits, l’expert a constaté chez Yohan Wijesinghe “un discours superficiel vis-à-vis de la victime“.

A suivre : la version des faits des agresseurs