4e jour du procès Bruno Wiel : les agresseurs donnent leur version des faits

Chaque jour du 18 au 28 janvier, SOS homophobie tient le journal du procès des quatre agresseurs de Bruno Wiel.

Suite du 4e jour

Le président appelle chacun des prévenus à donner, en déclaration préliminaire, sa version des faits. Suite aux traumatismes qu’il a subis cette nuit-là, Bruno Wiel n’a lui aucune mémoire de ce qui s’est passé. Selon eux, M. Wiel, lui-même également alcoolisé, les aurait suivis volontairement dans leur voiture, espérant passer un bon moment.

Julien Sanchez

Premier appelé à s’exprimer, Julien Sanchez reconnaît les faits. Il exprime des regrets, des remords. Il explique la rencontre de Bruno à Paris, “une rencontre sans arrière-pensée, presque amicale“, et leur parcours jusqu’au parc. Le président lui demande de préciser sa participation : “Des coups de pied, debout, à terre. A la tête. Des pieds à la tête. M. Wiel était à terre.” Il poursuit en sanglotant : “J’ai fait un acte horrible… J’ai mis un bâton dans son orifice… Ca m’a fait un choc… Je suis reparti à la voiture… On est rentrés [...] J’ai honte. Je pense être le plus impliqué, le plus violent [...] Je ne peux pas expliquer. Ca me pèse plus que la détention.” Il continue de sangloter, et restera courbé sur les genoux jusqu’à la fin de l’audience.

Yohan Wijesinghe

Il conduisait la voiture, il est allé vers ce parc alors qu’il était question de chercher un hôtel. Sur place, “Bruno est venu vers moi en ouvrant sa braguette, je l’ai giflé. Je voulais juste récupérer sa carte bleue.” Il répète qu’il a voulu séparer ses amis, “ils n’ont pas écouté” : “M. Wiel était à terre, nu. J’ai vu les coups de poing, de pieds, les balayettes.” Il a rejoint sa voiture, ses amis sont arrivés 2-3 minutes après, et ils sont repartis. Le lendemain, ils ont brûlé la carte d’identité et le tee-shirt de Bruno, restés dans la voiture.

Antoine Karim Soleiman

Arrivé au parc, “alcoolisé“, il dit avoir vomi en sortant de la voiture, David l’a rejoint. “Il était question de délester M. Wiel, David avait vu qu’il  n’avait rien dans les poches, que faire ?” Ils entendent alors une claque et rejoignent le groupe. Il a  alors vu M. Wiel, paniqué, s’approcher de lui, il l’a repoussé, lui a donné des coups : “M. Wiel voulait des relations sexuelles, c’est monté crescendo, je ne peux pas expliquer, c’est la stupidité, suivre le mouvement… [...] M. Wiel s’est retrouvé au sol. J’ai été écarté, les coups ont continué… Il était dénudé, recroquevillé, il saignait du visage… Yohan et Julien étaient partis, David voulait le déplacer, j’ai refusé… David l’a déplacé pour qu’il ne soit pas exposé, on a rejoint les autres. [...] Je ne saurais pas expliquer ces atrocités, comment ça a pu arriver.” Il exprime regret et honte, et dit espèrer que Bruno Wiel saura trouver la force de lui pardonner.

David Deugoué N’Gagoué

On a participé plutôt que séparé… On était tous frustrés, en colère… M. Wiel a subi la haine que nous avions… C’est malheureux, c’était pas prémédité.” Il dit comprendre maintenant pourquoi Yohan a réagi par une gifle : “C’est à cause de son passé familial.” Il poursuit : “On était éméchés, M. Wiel aussi. Il s’est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment, et nous aussi. On lui aurait jamais parlé à jeûn vu qu’il était homo.“  Le président lui demande de préciser ses actes dans le parc : “Je le vois à terre, je tape, je tape, je tape.” Puis il a déplacé Bruno dans le sous-bois. “J’avais l’intention d’appeler les secours, mais j’avais plus de batterie. Je voulais le faire en rentrant, mais je me suis assoupi. Le lendemain je pensais pas qu’il était dans un état tragique, je pensais qu’il était rentré. Nous sommes la cause de ce traumatisme, on va assumer.

Cette dernière heure d’audience s’est déroulée dans un silence total. Au cours de cette première audition sur les faits, aucun des prévenus n’a évoqué les brûlures par cigarette qui ont été infligées à Bruno Wiel.  L’examen détaillé de l’enchaînement des faits et des responsabilités de chacun débute ce lundi 24.

A suivre : L’examen des faits.