6è jour du procès Bruno Wiel : “Son homosexualité a contribué au déchaînement de violence”

Chaque jour du 18 au 28 janvier, SOS homophobie tient le journal du procès des quatre agresseurs de Bruno Wiel.

Le procès reprend ce mardi par l’audition d’experts. Certains présents, d’autres excusés, se sera le président de la cour d’assises qui lira leurs dépositions.
Pour débuter la journée, un expert biologiste vient présenter l’examen toxicologique effectué sur Bruno Wiel. La question posée est de savoir si au moment de l’agression, Bruno était sous l’emprise de l’alcool, comme l’on expliqué à plusieurs reprises ses agresseurs, et de la drogue. Les examens sont négatifs. Suivent les conséquences physiques et neurologiques subies par Bruno Wiel suite à son agression : séquelles neurologiques et thoraciques, grande fatigabilité, troubles de la parole, troubles de la mémoire, modification du caractère, troubles mnésiques, troubles neurocognitifs… Quatre ans et demi après l’agression, Bruno Wiel n’est toujours pas en état de reprendre une activité professionnelle et est toujours sous curatelle de sa mère.
 
Bruno parle de sa vie après l’accident
Le président lit ensuite le rapport de l’expert psychiatre – absent – établit deux ans après les faits, dans lequel il présente le contexte familial et effectue une analyse de la personnalité de Bruno Wiel suite à son agression. Suite à la lecture de cet examen, Bruno prend la parole : “J’ai un tel détachement par rapport à ce qui est présenté, que j’ai l’impression que ce n’est pas moi qui ait vécu cette histoire [...] Je ne sais pas où j’ai trouvé la force de survivre, ce n’est pas possible que je sois encore vivant. [...] J’ai une souffrance psychique de n’être maintenant simplement perçu comme un homosexuel agressé.” Et il termine en disant : “Mon petit frère ne m’abandonnera jamais.“ Puis il s’adresse aux accusés : “Comment peut-on faire subir cela à un être humain, je n’arrive pas à comprendre comment ils ont pu me faire cela. [...] Je ne saurai jamais la vérité, car les accusés changent de position chaque jour.” Et se tourne vers sa mère : “Ma mère m’a élevé deux fois, j’étais redevenu un enfant.
 
Son avocate, Me Maltet, lui demande alors comment il occupe son temps. La réponse est claire : “Je suis complètement déstructuré dans mon emploi du temps. Je me lève à n’importe quelle heure, je mange n’importe quand, je me couche à n’importe quelle heure. Ma seule activité, ce sont mes séances de rééducation chez l’orthophoniste, je passe mon temps à regarder la télévision, je n’ai plus de vie. Je ne sais pas de quoi sera fait mon avenir, j’avance étape par étape.” Il ajoute : “Mes séquelles physiques font que je ne peux plus courir.” Et se tourne vers le Président : “Essayez d’imaginer ce que c’est de ne plus pouvoir courir.
 
Le témoignage de Matthieu, le petit frère de Bruno Wiel
Le président souhaite ensuite entendre le témoignage de Matthieu, son frère cadet qui est assis à ses côtés depuis le début du procès. Visiblement très ému, Matthieu raconte d’abord l’angoisse de l’absence de son frère pendant deux jours, puis l’annonce que Bruno est à l’hôpital et qu’il faut y aller pour le reconnaître. Un traumatisme, pour ce jeune homme qui a alors 18 ans. Les médecins ne sont pas d’accord pour que Matthieu voie son frère dans l’état dans lequel il se trouve. “Ils avaient peur de ma réaction“, dit-il, la voix remplie d’émotion. Et il raconte le choc que représente pour lui son frère plongé dans le coma, l’intubation, les incertitudes des médecins, l’engagement du pronostic vital. “Au réveil de Bruno, j’étais tellement heureux qu’il ne soit pas mort, mais quand vous découvrez quelqu’un au regard fixe, sans même que ses yeux vous suivent, c’est comme un deuxième coup de bâton. C’est pire que tout.
 
Puis Matthieu raconte les sept mois d’hospitalisation, de rééducation, de souffrance, la dépendance pour les actes simples de la vie courante : boire, manger, etc. Matthieu Wiel finit par s’adresser à Antoine Soleiman, Julien Sanchez, David Deugoue N’Gagoue et Yohan Wijesinghe, qui jamais ne le regarderont : “Je vous demande de vous lever. Aujourd’hui j’ai une vraie question. La semaine dernière vous nous avez dit que vous alliez nous dire comment, et pourquoi… Je sais que quatre ans et demi, c’est long. Mais aujourd’hui je veux savoir ce qu’il s’est passé, comment ça s’est passé, pour qu’on puisse se reconstruire, mon frère, moi, ma famille. Je veux la vérité.” Cette “vérité”, personne ne la connaîtra probablement jamais, tant les témoignages des accusés sont flous, confus, approximatifs, en contradiction avec les déclarations faites lors de l’instruction.
 
“Son homosexualité a contribué au déchaînement de violence”
Elément important, ce mardi matin : Antoine Soleiman est le premier des quatre accusés à reconnaître que l’homosexualité n’était pas étrangère à l’agression. “On a profité du fait qu’il soit homosexuel pour profiter de lui, le voler ; son homosexualité est un fait qui a contribué à au déchaînement de violence.” Et Antoine Soleiman, termine en disant à propos de Bruno Wiel : “Il pourra nous cracher à la gueule, il aura le droit, j’ai l’impression d’être une merde, une petite merde, comment ai-je pu en arriver là ?“ A une question du Président, Julien Sanchez indique à son tour : “L’acte que j’ai commis peut être qualifié d’homophobe“, avant d’ajouter : “Oui, on était fier d’avoir tabassé un mec.
 
L’après midi est consacrée à une affaire similaire, mettant en cause trois des accusés pour l’affaire Bruno Wiel, ainsi que deux autres hommes. La victime, Timothy H – gay irlando-américain -, agressée violement à son domicile parisien par ces cinq personnes qui lui occasionnent 31 jours d’ITT, ne souhaite toujours pas se porter partie civile, comme elle l’avait indiqué le premier jour du procès. Tous les avocats et le Président leur font reconnaître que leurs actes de violence n’étaient justifiés en aucune façon, puisque Timothy ne pouvait se défendre seul contre cinq personnes.