7ème jour du procès Bruno Wiel : les plaidoiries des avocats de Bruno Wiel et de SOS homophobie

Chaque jour du 18 au 28 janvier, SOS homophobie tient le journal du procès des quatre agresseurs de Bruno Wiel.

Ce mercredi 26 janvier au matin, c'est l'agression de Maurice T., effectuée par une partie des mis en cause dans l'agression de Bruno Wiel, qui est examinée. Le caractère homophobe est nié par la victime et les agresseurs, dans la mesure où Maurice T. se déclare hétérosexuel exclusif. Celui-ci, après avoir rencontré dans la boîte La Luna, rue Keller à Paris, certains membres de la bande et avoir terminé la soirée dans une boite du 10ème arrondissement en août 2006, a été victime d'un vol de matériel informatique et de ses cartes bleues à son domicile, après y avoir emmené deux de ses agresseurs. Un commissaire de police vient présenter sa version des faits, à la suite duquel l'avocat général prend la parole et, se montrant plus incisif, démonte les arguments des protagonistes. Même l'avocate de Julien Sanchez, s'adressant à son client, lui demande : "Est ce que vous pourriez dire au moins une fois quelque chose de clair ? Pourquoi est-ce si difficile de dire simplement les choses ?"

On s'étonne ainsi que le couteau qui a servi à braquer Maurice T. a une lame dont la taille varie de 4 cm à 17 cm au cours de l'audience, et peut se dématérialiser en passant instantanément de la boîte à gants à l'accoudoir arrière de la voiture des accusés.  Haitem Ben Amor, qui comparaît pour cette agression, n'hésite pas à prêter les propos suivants à la victime : "Non je ne suis pas d'accord pour être volé." Interrogés par le Président, il ressort du discours des agresseurs que leur objectif était de se faire du "fric" facilement en agressant et dépouillant des personnes fragiles, même si cela se traduit par des violences physiques pouvant conduire aux portes de la mort.

Antoine Soleiman indique à cette occasion : "Nos sorties sur Paris ne sont pas toujours crapuleuses, on vit de petits larcins, mais pas tout le temps et j'ai menti, je suis revenu sur mes déclarations."  Comme Timothy H., Maurice T. ne se constituera pas partie civile, ce qu'il avait encore l'occasion de faire ce jour où il est convoqué comme témoin. En ce début de l'après-midi, consacré à l'audition de la victime, Maurice T. indique des propos que David Deugoué N'Gagoué aurait tenus à son égard, en parlant de ses complices : "Ils sont capable de te tuer. Ce sont des gens de Stalingrad, si tu appelles la police, ils sont capable de t'égorger." La victime poursuit : "Je suis honteux, car j'ai fait rentrer le diable chez moi." Puis, comme pour Bruno Wiel, des psychologues sont entendus par la cour sur les expertises qu'ils ont dressées au sujet de Timothy et Maurice.

Les plaidoiries des avocats de Bruno Wiel

Suite à l'examen des affaires de Timothy H. et Maurice T., le Président demande s'il y a des lectures à faire. L'avocate de Bruno Wiel lit des extraits de l'instruction concernant l'épisode du bâton, et, à sa suite, le Président lit la qualification des faits qui sont reprochés aux agresseurs pour les affaires Bruno Wiel et Timothy H. : vol en bande organisée avec violence ayant entraîné une ITT supérieure à 8 jours. Puis les plaidoiries des parties civiles sont entendues, à commencer par celle de Maître Cyril Dubois pour Bruno Wiel.

Après quelques instants, l'avocat est victime d'un malaise. Il faudra attendre qu'il reprenne ses esprits pour qu'il achève sa plaidoirie, en commençant par mettre des images sur l'agression de Bruno Wiel : "Ils ont marché sur Bruno Wiel, ils l'ont piétiné, ils l'ont brulé, ils l'ont sodomisé avec un bâton. Ils l'ont laissé comme mort, ils ont dissimulé son corps." Il désigne les accusés comme "cette bande qui jusque, dans le box, vit avec ses codes de la cité. On attendra en vain que les accusés se comportent comme des hommes et non comme une bande. On avait l'espoir de savoir qui, on aura l'omerta et la loi du silence." Puis, en parlant de la banlieue et précisant qu'il est lui-même issu de cette banlieue : "Nous n'avons pas ici le produit de la banlieue, nous avons ici ce que la banlieue produit de pire. Il leur faut du business pour gagner facilement de l'argent, le leur ce sont les cartes bancaires. A chaque fois des victimes ciblées : des homosexuels car on n'aime pas trop les homosexuels. Il n'y a aucun hasard : Bruno Wiel, Timothy H. et Maurice T. ont été délibérément choisis."  Maître Dubois termine sa plaidoirie en rappelant que Bruno Wiel a eu le courage d'affronter leur regard pendant le procès, ce qui n'a pas été le cas de ses agresseurs.

Maître Maltet poursuit la défense de Bruno Wiel, et commence sa plaidoirie sur la notion d'ITT, pour rappeler que le nombre colossal attribué à Bruno : 31. Elle évacue également la notion de hasard dans les actes des quatre agresseurs, indiquant qu'il y a de leur part préméditation :"On ne va pas par hasard dans le Marais quand on veut faire la fête et que l'on se dit hétérosexuel. Il y a beaucoup d'autres quartiers festifs à Paris." Elle s'étonne également que les personnes abordées soient homosexuelles, ou perçues comme tel. Ce n'est pas non plus un hasard. A trois reprises, les agresseurs renouvellent le même scénario. Puis elle détaille avec des mots crus le calvaire de Bruno Wiel et l'horreur qu'ils lui ont fait vivre. "Il y a la claque, et ça craque." Elle interpelle les accusés : "Jusqu'où vont vos jeux ? Jusqu'à la mort. Il n'y a pas de hasard dans vos comportements, il n'y a pas non plus de remords. Vous avez fait un deuxième choix devant les Assises : celui du choix des copains et pas de la victime. Vos phrases, vos mots ont été travaillés, il n'y a dans vos propos aucune sincérité."

Parlant de Bruno Wiel, elle résume : "Il n'est pas en vie à cause de vous qui l'avez laissé pour mort dans le parc des Lilas. Il est en vie grâce à un exhibitionniste. Maintenant et pendant le restant de ses jours, il va vivre dans l'angoisse que ces souvenirs effacés ne lui reviennent. Le Bruno d'avant, c'était une passion : la littérature. Le Bruno d'aujourd'hui, c'est une passion brisée car incapable de lire et de se concentrer. C'est aussi une maladie neurologique qui fait qu'il n'a pas conscience de son état." Les têtes des accusés sont plongées sous le guichet de leur box, ne laissent voir que le sommet  des crânes.

La plaidoirie de l'avocate de SOS homophobie

Pour SOS homophobie, la plaidoirie de Maître Caroline Mécary a un double fil conducteur : le choix et les faits, en nommant à chaque fois la personne liée à ces faits. Elle rappelle ainsi qu'à chaque moment, les agresseurs avaient la possibilité d'arrêter, et que pourtant ils ont choisi en toute connaissance de cause d'aller jusqu'au bout de leurs "actes ignobles" : "Ils ont choisi le lieu : les portes du Marais. Ils ont choisi de boire. Ils ont choisi de dépouiller les victimes. Ils ont choisi de répondre avec des pluies de coups de pieds et de poings. Ils ont choisi d'effacer les empreintes comme ceux qui tuent. Ils ont choisi la barbarie gratuite face à des hommes différents, différents parce qu'ils sont homosexuels ou perçus comme tels. Ils ont choisi de recommencer une fois, deux fois, trois fois. Ils ont choisi de faire croire qu'ils étaient gays. Ils auraient pu laisser Bruno Wiel en chemin dans Paris, ils avaient le choix, ils savaient qu'il n'avait pas de carte bancaire dans son pantalon ou sous son t-shirt. Non. Ils ont fait le choix du parc à Ivry. Ils ont fait des choix terribles dans ce parc : cogner, plusieurs minutes, une éternité. Ils avaient la possibilité d'arrêter de fracasser la tête de Bruno Wiel quand il suppliait d'arrêter. Non. Ils ont choisi de continuer. Ils avaient la possibilité d'arrêter. Non. Ils se sont acharnés sur un homme à terre et l'ont laissé pour mort. Chaque coup, chaque insulte homophobe est un choix."

Caroline Mécary poursuit en s'adressant directement aux agresseurs : "Il faut que ce que je vous dis, vous l'entendiez. Ce n'est pas la peine de plonger vos têtes dans vos mains, il faut que vous l'entendiez avec des mots crus et pas avec vos mots éthérés et édulcorés. Que reste-t-il dans la bouche des agresseurs ? De petits mots anodins : 'on a fait une petite connerie', 'vous savez quand ca part en couille', 'il y a eu des dommages collatéraux'… Le pire du pire, c'est de taper à coup de pied dans le bâton enfoncé dans l'anus de Bruno Wiel." Et elle continue sur les choix conscients fait par les agresseurs contre le corps traumatisé de Bruno Wiel : "Ils ont choisi de déplacer le corps comme on déplace un cadavre. Ils ont choisi de donner une deuxième mort symbolique à Bruno Wiel en brûlant sa carte d'identité et ses vêtements. Ils ont choisi de massacrer son visage, signe de l'individualité et de l'identité, par haine des homosexuels. Ils ont fait le choix de le laisser mort. Ils ont fait le choix d'organiser leur défense."

Puis, ouvrant son réquisitoire sur le viol, elle accentue son propos : "Ils ont fait le choix du viol, parce qu'enfoncer un bâton dans l'anus, c'est un viol. Il faut redonner du sens aux mots. Dans cette affaire, la police a fait un travail remarquable, les juges ont fait un travail remarquable, l'audience d'assises a permis un débat complet. Mais comment cela s'appelle-t-il, ce qu'a subi au plus profond de sa chair Bruno Wiel ? Cela, Mesdames et Messieurs les membres du jury, c'est un viol homophobe. C'est parce qu'il est homosexuel que Bruno Wiel a été sodomisé, a subi des sévices sexuels, a été victime d'actes de barbaries. Dans ce procès, on ne parle pas de la 'Chose', on ne la nomme pas, d'ailleurs on n'a pas retenu le qualificatif de viol. Or qu'est ce qu'introduire un bâton dans l'anus, lui faire subir des mouvements de va-et-vient, de le ressortir couvert de sang et de recommencer, si ce n'est un viol ? Vous voyez, Mesdames et messieurs les membres du jury, il y a encore du chemin à parcourir pour que soient pris en compte les crimes homophobes. Et c'est ce que vous allez devoir juger : un crime homophobe. SOS homophobie se porte partie civile pour que les hommes et les femmes victimes de crimes homophobes et qui ne peuvent se défendre parce qu'ils et elles ont peur, parce qu'ils et elles ont honte, parce qu'ils et elles n'osent pas le faire. Des hommes et des femmes qui préfèrent le silence qui pèse sur ces crimes. En tant que juré-e-s, vous avez une responsabilité importante dans l'arrêt que vous allez rendre. Il faut que Bruno Wiel entende qu'il a été victime d'un viol homophobe. Il faut que les 3 millions d'hommes et de femmes de ce pays qui ont peur de ces prédateurs qui utilisent la faiblesse entendent que les actes de barbarie sont intolérables en France. Qu'ils sont une atteinte à la dignité humaine. Votre arrêt est très important car il est attendu. Il est nécessaire, il est impératif pour tous les agresseurs d'homosexuel-le-s que votre arrêt soit un coup d'arrêt à la violence homophobe."

Caroline Mécary termine sa plaidoirie en rendant hommage publiquement à Bruno Wiel pour le courage dont il a fait preuve face à ces agresseurs : "Bruno Wiel est un homme digne et debout. En rendant justice à Bruno Wiel, vous rendrez justice à tous les hommes et les femmes qui ont été victimes d'actes homophobes."

A suivre : les réquisitions de l'avocat général et les plaidoiries de la défense.