Censure d’une publicité de Têtu : SOS homophobie demande à l’ARPP de revenir sur sa décision

L’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) a censuré une publicité du magazine Têtu pour un album de compilation de tubes musicaux interprétés par Zazie, Cher, Donna Summer, Mika ou encore Lady Gaga. La publicité met en scène des hommes et des femmes semblant apprécier les morceaux de l’album. L’apparition d’un enfant parmi ces acteurs a du être retirée du clip à la demande de l’ARPP, qui a considéré qu’elle « n’est pas en adéquation avec le lectorat de Têtu ». Pourtant, ni le magazine Têtu ni cette compilation musicale ne sont destinés à un lectorat adulte.

SOS homophobie dénonce fermement cette censure et s’interroge sur les arguments qui l’ont motivée. Le fait que Têtu soit un magazine destiné avant tout à un lectorat lesbien et gay n’en fait pas pour autant un magazine dont le contenu serait dangereux ou malsain auprès des mineur-e-s ; nombre de magazines de la presse féminine ou masculine généraliste diffusent des publicités mettant en avant des enfants sans qu’on les inquiète à ce sujet. Demanderait-on à Elle de retirer la photo d’un enfant d’une de ses publicités ?

SOS homophobie estime qu'une telle censure est infondée et inacceptable : l'ARPP estime-t-elle que l'homosexualité ne doit pas être montrée aux enfants, voire que Têtu est une revue à caractère pornographique ou, pire, alimente-t-elle l'amalgame entre homosexualité et pédophilie ? L'argument de l'âge du lectorat de Têtu nous apparaît, dans cette affaire, fallacieux.

SOS homophobie apporte son soutien à Têtu, victime d’une discrimination flagrante, et demande à l’ARPP de revenir sur sa décision de censure.

Voici la vidéo non censurée :

Mise à jour :

Suite à la publication du communiqué de presse du 10 juin 2010, l'association SOS homophobie a reçu un courrier de l'Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité (ARPP), à laquelle nous demandions de revenir sur sa décision concernant la présence d'un enfant dans une publicité d'une compilation musicale éditée par le magazine Têtu.

Comme l'a demandé l'Autorité, nous publions ici un extrait de sa réponse :

"Pour la bonne information de vos lecteurs, nous regrettons que vous n'ayez pris connaissance au préalable du simple rappel des faits autour du processus de délivrance de nos conseils et du contexte précis dans lequel s'inscrit le spot publicitaire TV de la compilation des "15 ans de Têtu" (http://www.arpp-pub.org/PUBLICITE-TETU-RAPPEL-DES-FAITS-09.html) Vous n'auriez en conséquence pas demandé à l'Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité de revenir sur une décision... qu'elle n'a jamais prise pour la simple raison que le conseil, confidentiel, que nous délivrons à l'adhérent demandeur, ici le label musical mais pas l'éditeur du magazine, n'a nullement évoqué ce qui est reproché à l'ARPP.Dans cette "affaire", chacun a été dans son rôle. L'ARPP, en attirant l'attention quant à des réactions possibles de certaines personnes, qui ne valent évidemment pas approbation de notre part, l'annonceur en modifiant de lui-même les deux versions soumises ensuite pour avis préalable à la diffusion TV, l'éditeur pour mieux fêter ses 15 ans ! (...) Enfin, si ce spot avait été soumis par le label de musique dans la même version que celle visionnée par nos juristes-conseils avec l'enfant, nous aurions délivré un avis définitif favorable."

Il apparaît à SOS homophobie que le terme de "censure" est juridiquement impropre, car l'ARPP n'a pas valeur décisionnelle au sens strict (bien que son avis soit largement considéré, au risque que ce spot télévisé soit refusé par les régies publicitaires des chaînes de télévision...). L'Autorité plaide en outre le fait que son avis "définitif" aurait été favorable... Si nous ne nous prononcerons pas sur la bonne foi de l'ARPP, reste que l'avis consultatif émis en première instance - retirer de la publicité un enfant parce qu'il ne correspond pas au lectorat de Têtu - est très problématique : d'une part pour les questions évoquées dans notre communiqué de presse précédent (considérer le magazine Têtu comme étant exclusivement réservé aux adultes...), d'autre part parce que ce "conseil" se base sur "des réactions possibles de certaines personnes". Jolie périphrase qui désigne, en substance, les personnes homophobes qui seraient choquées de voir un enfant pour une publicité promouvant une compilation "LGBT". Désormais, en France, il faut donc penser aux homophobes quand on fait une publicité : il ne faut pas les choquer. L'ARPP donne-t-elle les mêmes "conseils" quand une marque de voiture fait figurer une personne noire (risque de froisser les personnes xénophobes) ou une femme (pour les personnes misogynes) ?

En donnant ce "conseil", l'ARPP a incidemment colporté l'idée qu'en matière de discriminations, il y a deux poids, deux mesures. SOS homophobie, qui lutte depuis 16 ans pour que l'homophobie soit reconnue comme un manquement au respect et au droit des personnes aussi grave que toutes les autres formes de discrimination, ne peut que condamner fermement cette position.