Débats au Sénat, 1er jour par E. du groupe relations institutionnelles

Christiane Taubira, toujours sans note, présente avec ferveur le texte du mariage pour tous. Son discours est beau mais semble moins magique que celui tenu 2 mois plutôt à l‘Assemblée Nationale.

C’est peut être la marque de la légère fatigue que l’on ressent tous face à ces débats qui s’allongent et aux confrontations stériles avec les anti-mariage pour tous. A propos des antis, la passionaria de la cause, FB, est aussi dans les tribunes avec ses acolytes (ceux qui veulent rester célibataires toute leur vie).

Pour ceux qui s’attendaient à un débat plus courtois au Sénat, on déchante rapidement. L’opposition traite de « racoleuse » la garde des sceaux quand elle souligne l’adhésion des Sénateurs ultra-marins au projet de loi. Côté poésie, Christiane Taubira ne fait pas de citation de Léon Gontran-Damas mais de Paul Verlaine et d'Aimé Césaire.

Puis vient le tour de Dominique Bertinotti, qui présente le texte, et même si elle est pressée de toutes parts pour préciser le calendrier de la grande loi sur la famille (qui devrait traiter de la PMA), elle reste bien muette.

Ensuite Jean-Pierre Michel, le rapporteur du projet de loi parle. Et il est droit, sûr de lui. Le matin même il a comparu au tribunal contre les anti-mariages, et revendique son courrier et ses tweets (sur les serre-têtes et les jupes plissées). Il faut dire qu’il les a déjà vu les antis, du temps du PACS, qu’il a déjà affronté leur dégoût des LGBT, leurs visions d’apocalypse. Autres temps, même haine. Dommage que Frigide B soit partie rejoindre les manifestants dehors, elle aurait mérité d’écouter son discours.

En même temps, son absence calme les Sénateurs les plus opposés au mariage, qui d’un coup ne parlent plus des manifestations et de leur Million de manifestants fantasmé. A chaque fois qu’elle réapparaît,  ils se mettent à reparler de ces manifestations. Il est bien triste que des élus cherchent une reconnaissance auprès de personnages aussi marginaux.

Puis Michelle Meunier parle en des mots très justes du mariage et de la lutte contre l’homophobie.
Jean-Pierre Sueur parle sans note, en vrai tribun. Il est physique, présent. C’est un vrai Sénateur, belle mèche blanche, air de notable, c’est un des leurs. Et il leur explique,  la dépénalisation de l’homosexualité, le passage de la honte à la fierté, un beau mot que celui de fierté.

Puis les orateurs se succèdent.

Zocchetto, qui bien qu’assis à coté de Chantal Jouanno pendant la séance n’est pas favorable (et semble avoir une vision bien triste de l’homosexualité). Puis on semble être revenu aux Primaires socialistes de 2011 avec Jean Michel Baylet.

Puis Esther Benbassa monte à la tribune, pleine d’espoir. C’est une militante de toujours des droits LGBT, la seule élue verte présente en permanence dans l’hémicycle. Elle cite même la Genèse pour mieux s’en éloigner. Mais les Sénateurs ne l’écoutent pas, on se croirait dans une buvette à coté d’un match de foot, et sa voix semble n’être que le son d’un poste de radio qui commente un match. C’est bien triste.

Et enfin arrive Patrice Gélard. Les mêmes pulls que Mariton, une mèche inimitable. Il était plus drôle lors de la COCOE. C’est un opposant historique du Pacs, dont l’argumentation est insidieuse. Sous ses airs de gratte papier, on sent poindre l’animal politique. Ses exemples sont bien choisis, ambigus. Quand il parle de couples d’amis intimes, des ses propres enfants qui ont eu un enfant (de 8 ans aujourd’hui) en co-parentalité, que souligne- t- il ? Leurs difficultés réelles ne sont qu’une excuse pour ajourner ce projet, en renvoyant les discussions à un hypothétique meilleur texte. Et la PMA –GPA en boucle, on se croirait à une manif d’antis. Et on est parti pour beaucoup l’entendre, c’est lui qui a déposé la majorité des 300 amendements.

A la reprise à 22H, il n’y a plus grand monde, ni dans la salle, ni dans la tribune.

Alain Milon, l’un des rares UMP qui aura le courage de voter pour explique son futur vote.  Il parle est cela sonne juste. Pourquoi quand tous ces opposants parlent, on entend rien de vrai, que des prêches et des proverbes répétés en boucle ? C’est  comme si seule la  vérité et la compassion donnaient du sens à la parole.

Enfin Chantal Jouanno. Elle est belle, elle est en colère. Elle parle des horribles intimidations dont elle est victime, de son engagement laïque, et l’on y comprend qu’elle parle aussi de la difficulté d’être une femme en politique aujourd’hui. Elle cite Brown vs. Board of education aux USA contre les mariages mixtes. A ce moment précis,  elle représente ce qu’il y  de noble dans la politique, les idées, les lois qui changent la vie des gens et la liberté.

Même Jean-Pierre Bel, qui préside les débats, s’ennuie et oublie de rappeler le temps de parole limité de chaque orateur. La nuit est longue dans ce palais.

E. groupe relations institutionnelles