Débats à l'Assemblée nationale - 1er jour, par F., écoutant de SOS homophobie

Minuit trente. Après 8h dans l'enceinte de l'assemblée nationale à l'occasion de l'ouverture des débats sur le mariage pour tous, plusieurs émotions et plusieurs interventions se bousculent dans ma tête.

Préalablement, deux sensations très opposées méritent d'être soulignées.

La première c'est l'angoisse irrationnelle qui m'a envahi lorsque j'ai vu arriver en même temps que moi Frigide Barjot et son fils âgé de 14 ans. On s'est frôlé. Elle assumait fièrement son invitation par le député Hervé Mariton.
La seconde c'est la reconnaissance qui m'a saisi lorsque je me suis retrouvé nez à nez avec la sociologue Irène Thery et que j'ai pu lui dire tout le bien que m'a fait son intervention à la commission des lois.

Une fois ces deux moments forts restitués, je bascule inévitablement dans les différentes interventions des uns et des autres. Si celle de la présidente de la commission des affaires sociales, Catherine Lemorton, a été intense pour nous lorsqu'elle a nommément cité l'association et qu'elle a fait la lecture intégrale de la charte pour un débat parlementaire respectueux ; elle a rapidement laissé place à la réalité de l'irresponsabilité parlementaire, déclinaison malheureuse de l'immunité des députés.

Henri Guaino, UMP, a ainsi parlé de l'institution du mariage comme étant aussi ancienne que la civilisation, interpelant l'hémicycle avec un « dans quelle civilisation voulez-vous nous faire vivre ? Voilà la question », et « votre dessein est de faire disparaitre les mots de père et de mère de la société ».
Christian Jacob s'interrogeant pour sa part sur les risques d'un tel mariage pour tous car dans ce cas « au nom de quoi empêcher le mariage entre plusieurs personnes (polygamie) et exclure les personnes handicapées ? ».
Le député qui a brandi le règlement intérieur à la manière dont Christine Boutin brandissait une Bible lors des débats sur le Pacs, lorsqu'Alain Tourret fait référence à cette dernière.
François Sauvadet, UDI, qui se demande, si la loi passe, quel regard lui porteront les enfants qui seront confiés à un couple d'hommes ou à un couple de femmes dans quelques années.
Véronique Besse, NI, qui parle d'une loi qui ne prend pas en compte le droit de l'enfant et qui est le fait d'un lobby ultra minoritaire (voir notre argumentaire à ce sujet).
L'interjection « où est le père ? » opposée à Jean-Christophe Fromentin qui raconte l'histoire difficile de deux femmes face à leurs trois enfants conçus dans le cadre de PMA.
Hervé Mariton s'interrogeant au micro jusqu'où s'arrêtera le désir d'enfant et appelant dans le même temps à prendre garde aux expérimentations sur les animaux. Le même qui raconte une anecdote totalement décalée pour justifier son opposition à l'adoption en faisant un parallèle sur le désir d'enfant et l'égoïsme d'une femme célibataire qui pourtant s'investit activement au sein de l'UMP... Le même toujours qui parle du « retour à Rome ».
Et pour finir d'Hervé Mariton (toujours) qui crie au procès inique en homophobie que le gouvernement ferait à l'opposition...

Face à cette succession de haine, de bêtise, de peur, de méchanceté ou tout simplement d'absurdité plusieurs députés de la majorité ont su répliquer.

Véronique Massonneau, écolo, soulignant qu'il ne faut pas confondre égal et identique et rappelant que le droit de l'enfant est bien au cœur de ce projet de loi et que le slogan « un papa, une maman, un enfant » ne fait que stigmatiser les enfants homoparentaux que la République ignore depuis si longtemps.
Bruno Leroux répondant à Hervé Mariton qu'il assume le procès en homophobie qu'il fait à la plupart d'entre eux et qu'ils ne sont qu'un « bal d'hypocrites ». Le même toujours qui souligne que le soit disant lobby gay n'est composé que de nos voisins, nos amis, nos proches et qu'aujourd'hui encore « l'homophobie tue dans notre pays ». Le même toujours qui proclame « qu'il n'est pas nécessaire d'être noir pour combattre le racisme, d'être femme pour combattre le sexisme, d'être homosexuel pour combattre l'homophobie ».
Et puis il y a les interventions emblématiques de Noel Mamère, de la garde des sceaux, de la ministre de la famille, du rapporteur du projet de loi et de la présidente de la commission des affaires sociales. Elles sont déjà relayées sur les réseaux sociaux. Je veux les résumer à ces trois citations que j'ai rapidement pris en note et que j'espère restituer correctement :

  • « Vous refusez des droits à des enfants que vous choisissez de ne pas voir » (C. Taubira)
  • « Aucun couple homoparental n'a l'intention de se faire passer pour les géniteurs de ses enfants » (M-F. Clergeau)
  • « Je me demande si l'homophobie n'aurait pas du être substituée à l'homosexualité dans la liste des maladies mentales lorsque cette dernière a été retirée par l'OMS. Car être homophobe c'est quelque part être un peu malade » (C. Lemorton)


Je me souviendrai aussi de Franck Riester applaudissant Erwann Binet à la fin de son allocution. Ce dernier a rappelé que l'homosexualité a toujours existé et qu'elle est dans la nature. Les familles homoparentales existant aussi, elles ne sont donc pas contre nature. Je serai heureux d'entendre Franck Riester demain s'exprimer sur ce projet qui l'isole de son groupe parlementaire.

La conclusion revient légitimement à Bernard Roman, SRC, qui a clôturé la séance en rappelant la violence et l'homophobie de certains des 5 000 amendements déposés par l'opposition et qui l'a interpelé en ces termes « lorsque vous serez tous confrontés aux amendements dès demain, est ce que vous les voterez tous unanimement ? »

F. (écoutant de l'Association SOS homophobie)