Débats à l'Assemblée nationale - dernier jour, par Y., de la Commission Rapport Annuel

Au théâtre de l’Egalité : dernier acte.

13 octobre 1999. « Pour : 315. Contre : 249. L’Assemblée nationale a adopté la loi sur le Pacs ».

Laurent Fabius énonce le résultat du vote du haut de son perchoir. Ces quelques mots résonnent encore en moi. Je les entends probablement un soir au Journal Télévisé, les chaînes infos n’existent pas encore.

La gauche exulte, ministres et députés sont debout sur les bancs de l’Assemblée et applaudissent longuement. Ces images restent gravées dans ma mémoire. J’ai conscience que la gauche vient de faire avancer des droits, je ne me dis pas encore que ce sont les miens. Je ne me dis pas encore que je suis homosexuel.

La droite perd un combat qu’elle mène avec acharnement depuis plus d’un an. Je garde en mémoire des propos d’une violence inouïe : « Les PD au bûcher », « Stérilisez-les », « Qu’ils signent leur Pacs dans des services vétérinaires ». Et « la chosification des enfants », « le bon plaisir des adultes », « la déstabilisation de la famille », « l’apocalypse », « la fin de la civilisation ». Déjà. J’ai conscience que la droite vient de mener une bataille rétrograde, je ne sais pas encore que je la combattrai. Je ne sais pas encore que je lutterai contre l’homophobie.

13 octobre 1999. Je vis dans une petite ville de province. J’ai 17 ans. Mon adolescence se termine. Je ne suis pas bien dans ma peau. J’ai encore du mal à accepter ce que je suis. Déjà passionné de politique, je regarde les Questions au gouvernement à la télévision le mercredi après-midi, pendant que mes camarades de classe jouent au football. Déjà sensible à l’égalité, je comprends que ce que j’ai vu au JT ce soir-là marquera le début d’un combat militant qui me poursuivra toute ma vie.

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4 février 2013. Je vis en plein cœur de la capitale. J’ai 30 ans. Ma vie d’adulte commence enfin. Je suis épanoui dans ma vie. Fier d’être homosexuel. Je milite depuis quelques années à SOS homophobie.

4 février 2013. Les débats sur le projet de loi sur le mariage pour tous, autrement dit sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, se poursuivent à l’Assemblée nationale. Le vote est annoncé pour mardi prochain. Les droits des homosexuels au cœur de la politique, l’égalité au cœur d’un vote historique, je ne pouvais décidément pas louper ça. Mais les places sont rares et particulièrement demandées. Il n’y a pas que Mylène Farmer et Lady Gaga qui attirent les homos. Je décide tout de même d’écrire à mon député-maire. Par chance, il est l’un des deux « papas » du Pacs. Le 13 octobre 1999, il en était le rapporteur.

Le lendemain matin. Mon téléphone sonne. L’assistant parlementaire de Patrick Bloche m’annonce qu’il me délivre le précieux sésame. Je suis enthousiaste. Je n’ai pas gagné à la loterie ni été sélectionné à Star Academy, mais pour moi c’est bien plus. Je suis déjà en train de consulter le site de l’Assemblée nationale. Je tombe sur les consignes à respecter. « Porter une veste et un pantalon pour les hommes ». Ca ne me changera pas trop de mon quotidien. « Se tenir assis et découvert ». Jusque-là rien de très contraignant. « Observer le silence ». En serais-je capable ? « Déposer les sacs et téléphones au vestiaire ». Va pour observer le silence, mais ni textos ni Facebook tout un après-midi, je vais avoir du mal. « Ne donner aucune marque d’approbation ou de désapprobation ». Je comprends interdiction d’applaudir ou de pleurer. Même en ce jour historique ? Ces consignes deviennent inhumaines. Heureusement elles s’arrêtent là.

12 février 2013. Combien de pour ? Combien de contre ? Je ne le sais pas encore. Mais je n’attendrai pas le JT de 20h pour le savoir. J’y assisterai en direct, du haut des tribunes de l’Assemblée. Les mots de Claude Bartolone à l’énoncé du vote résonnent déjà en moi. J’applaudirai peut-être. Les images de la gauche exultant de sa victoire sont déjà gravées dans ma mémoire. Je pleurerai sans doute. Les protestations prévisibles de la droite, je les ignorerai, nous aurons gagné.

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12 février 2013. Le jour de vote est arrivé.

15h30. J’arrive devant le palais Bourbon. Je suis toujours impressionné en voyant ce haut lieu de notre République. A cette heure-là, les députés interrogent le gouvernement sur les questions d’actualité. Jean-Marc Ayrault est en train de redire sa fierté de porter un projet de loi qui s’inscrit dans « une longue lignée de réformes républicaines pour l’égalité et contre les discriminations » et de remercier tous ceux qui ont participé activement à ces « 120 heures d’auditions, deux jours de travaux en commission, onze jours, dix nuits et 110 heures en séance ». Un groupe de personnes âgées est posté devant les marches de l’Assemblée. Des antis ? Sans doute. Peut-être juste de la parano de ma part, après des mois de violence et de haine de la leur. Les camions de CRS, eux, sont nombreux et bien réels. Je me présente au 33 quai d’Orsay pour retirer mon « billet de séance ». Déjà du monde qui attend. Beaucoup de gays. Je reconnais Nicolas Gougain, le porte-parole de l’Inter-LGBT, Jean-Luc Romero, conseiller régional d’Ile-de-France et grand militant des droits des homosexuels. D’autres visages me disent quelque chose, mais je ne suis pas capable de mettre des noms dessus. Sûrement des militants associatifs et des spectateurs concernés. Je tiens mon billet entre les mains. Fier. De plus en plus de personnes se massent derrière moi. Des dizaines. Une dame demande un billet à l’agent de sécurité, en vain. Elle pensait pouvoir entrer sans invitation. Elle repart, dans une demi-colère.

16h. La séance prend du retard. Je n’ai pas bougé depuis mon arrivée. Autour de moi, des militants du Refuge, association d’accueil des jeunes homosexuels rejetés par leur famille. Une femme, à l’allure bourgeoise, leur demande ce qui les amène là. Elle semble découvrir l’homophobie dont peuvent être victimes certains jeunes. Elle paraît attristée, mais leur dit qu’ « on ne peut pas être totalement pour cette loi ». Elle ajoute qu’elle a été invitée par un grand député de l’opposition. La conversation en reste là. Du monde continue d’arriver. Une centaine de personnes. 200 peut-être. Loin derrière moi, je reconnais Frigide Barjot, accompagnée de son jeune acolyte gay, si triste sans mariage. Elle semble rigoler. Encore. Devant des caméras de télévision. Toujours. La démission du pape et le vote dans quelques minutes du mariage pour tous ne semblent pas trop l’affecter. Christine Boutin, elle, n’est pas là. Elle pleure peut-être pour deux.

16h15. La cloche sonne. La séance est suspendue pour quinze minutes. Les agents de sécurité ouvrent les portes. Mais les spectateurs entrent au compte-gouttes. Je comprends à cet instant que tout le monde ne pourra pas assister au vote. Je ne suis plus très loin de l’entrée. J’ai encore une chance d’y assister. Jean-Luc Romero est loin derrière. Je suis attristé pour lui. Frigide Barjot est encore plus loin. Je m’en réjouis.

16h30. La cloche sonne. La séance reprend. Je pénètre tout juste dans l’enceinte du bâtiment. J’attends dans l’entrée. Je lève la tête. Un écran de télévision retransmet la séance. Corinne Narassiguin, la porte-parole du groupe socialiste sur le projet de loi est en train de parler. Pour cinq minutes. Les explications de vote ont donc déjà commencé. Et je suis encore loin des tribunes de l’hémicycle. Une porte s’ouvre. La sécurité. C’est long. Un jeune homme a noué un rainbow flag autour du cou. On lui demande de l’enlever. Un autre porte un sweat-shirt de la « Manif pour tous », un papa-une maman-des enfants y sont représentés. On ne lui demande rien. Heureusement un jeune spectateur pourra garder son écharpe rose fuchsia. Elle ressemble à celles que nous portions, nous militants de SOS homophobie, lors des marches pour l’égalité de ces dernières semaines. Aujourd’hui, ma cravate aussi est rose. Rose. La couleur du triangle que les homosexuels portaient dans les camps nazis, et qu’un député UMP a honteusement requalifié de noir en cas d’ouverture du mariage aux couples de même sexe. Rose. La couleur de notre association, qui s’est réapproprié ce symbole. Rose. La couleur que veulent assigner à un seul et unique genre les réactionnaires de tout bord.

16h35. J’ouvre des portes. Je monte des escaliers. Je traverse des couloirs. Je vois un écran, encore. Hervé Mariton est à la tribune, pour le groupe UMP. Chemise bleue et cravate mauve, il ne porte pas de gilet. Le jour est trop sérieux pour jouer au Coloriton. Je n’entendrai pas son discours. Mais je le connais déjà, une répétition de ses principaux arguments pour s’opposer au texte : la voie vers la PMA (qui rappelons-le existe déjà pour les couples hétérosexuels) et la GPA (qui est et restera interdite en France après le vote de cette loi), le soi-disant droit à l’enfant (alors que cette loi protègera au contraire le droit d’enfants qui existent déjà dans notre société), la disparition des mots père et mère du code civil (Frigide Barjot, inspiratrice de M. Mariton ?), une proposition d’union civile (pourtant promise en 2007 par Sarkozy, et refusée aussitôt par ceux qui la demandent aujourd’hui) et une volonté de référendum (pourtant anticonstitutionnel sur les questions de société). Finalement très peu d’arguments directs contre le mariage et l’adoption par des couples homosexuels. Le vote approche. J’attends maintenant que l’on photocopie ma carte d’identité. C’est de plus en plus long. J’ouvre des portes. Je monte des escaliers. Je traverse des couloirs. Me voilà au vestiaire, j’y laisse mon manteau, mon sac, mon téléphone, et avec lui textos et Facebook, je ne garde avec moi qu’un crayon et quelques pages blanches.

16h40. Je ne vois plus d’écran. Mais je n’aurais sans doute pas reconnu Jean-Christophe Fromantin, qui parle en ce moment pour le groupe centriste. Lui aussi s’opposera vigoureusement au texte. Dernier couloir. Dernier escalier. Dernière porte. Je l’ouvre. Je suis dans les tribunes de l’Assemblée nationale. Je suis aux balcons d’un théâtre, où le temps s’est arrêté, jusqu’à la fin de la pièce.

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Je connais le décor de ce théâtre. Je ne l’ai jamais visité, mais je le connais déjà si bien, LCP 24/24 est passée par là.

Je connais le déroulement de la pièce, le même que celle sur le Pacs. Tant d’autres s’y sont jouées depuis ce 13 octobre 1999.

Je connais ses acteurs, ils sont tous là, c’est une représentation exceptionnelle aujourd’hui.

 

Sergio Coronado est à la tribune, pour expliquer le vote du groupe écologiste. Je l’écoute, malgré le brouhaha. L’hémicycle est rempli, donc bruyant. Tous les députés sont là, c’est le jour des Questions au gouvernement et celui d’un vote sociétal majeur. Claude Bartolone tente d’imposer le calme. Lui aussi est dans son rôle. Mon regard se pose d’abord sur les premiers rôles. Sur le banc des ministres, le premier d’entre eux est là. Il est en train d’écrire une lettre. A côté de lui, la garde des sceaux, Christiane Taubira, nouvelle icône gay, passée en quelques jours à la première place dans les cœurs des homosexuels. Devant Beyoncé et Britney Spears. C’est dire à quel point elle est aimée. Et Dominique Bertinotti, notre combative ministre de la famille. Tout près d’eux, Jean-Jacques Urvoas, président de la Commission des lois, et le jeune député Erwann Binet, rapporteur du texte. Ces deux là aussi ont su nous défendre avec conviction pendant les débats. Et des députés de la majorité. Bruno Le Roux. Daniel Vaillant. Olivier Dussopt. Annick Lepetit.

Je suis juste au-dessus des députés de gauche. De ma place, j’ai une vue privilégiée sur les bancs de l’opposition. Tous les ténors de la droite sont là, même ceux que l’on a peu vus pendant les débats. Les seconds rôles de la pièce qui se joue aujourd’hui. Fillon. Copé. Pas côte-à-côte. Jacob. Wauquiez. Pécresse. NKM. Et les députés que l’on a appris à découvrir (et pas forcément à aimer) pendant les débats. Mariton bien sûr. Gosselin. Poisson. Le Fur. Myard.

Et comme dans toute bonne pièce, des petits rôles. Les huissiers, en bas du perchoir, qui observent le bon déroulement de la séance et transmettent aux députés petits mots et longs courriers. L’un d’entre eux remet la lettre du Premier ministre à Thierry Mariani. Les conseillers du président de séance, juste derrière lui, qui veillent au respect des temps de parole. Les rédacteurs, au centre de l’hémicycle, qui établissent le compte-rendu de la séance. Et des figurants. De jeunes attachés parlementaires, stationnés près des sorties de l’hémicycle. Une serveuse, qui apporte un verre de coca à un ministre, un diabolo menthe à un rapporteur. D’autres spectateurs autour de moi. Des militants LGBT bien sûr. Un groupe de collégiens. Quelques journalistes. Un photographe.

Je me penche pour observer les pupitres des députés. Dans un décor d’un autre temps, des objets me paraissent anachroniques. Quelques PC portables. Beaucoup d’iPad, connectés en Wi-Fi. Et encore plus d’iPhone, tous allumés. Impossible d’oublier le mien dans ces conditions. Des députés studieux rédigent des textes sur leur ordinateur. D’autres lisent le journal. Le Monde.

Le discours de Sergio Coronado est digne et juste. Il rappelle que le Pacs « ne fut acquis qu’au prix du renoncement à une exigence d’égalité ». Que Noël Mamère fut sanctionné il y a neuf ans pour le mariage de Bègles, quand Christiane Taubira est aujourd’hui « célébrée et applaudie dans les rangs de la majorité », à juste titre. Et que le vote d’aujourd’hui va « changer la vie de dizaines de milliers de couples qui se voient ainsi reconnus en dignité et en droits ». Que de chemin parcouru depuis ce 13 octobre 1999.

Alain Tourret lui succède à la tribune. Il s’exprime au nom des Radicaux de gauche. Son discours est l’un des plus forts de l’après-midi. Pour lui, « cette loi met fin à une discrimination vieille de plus de deux siècles ». Au-delà du mariage et de l’adoption qu’elle va offrir, « cette loi rend justice aux homosexuels qui, de tout temps, ont été victimes d’une homophobie persistante et prégnante ». Il rappelle que « ce n’est que le 10 décembre 1981 que la dernière loi sanctionnant pénalement l’homosexualité a été abolie ». Il parle d’égalité et d’humanité, avant de fustiger les amendements communs déposés par la droite et le Front National. Les députés UMP protestent vivement. J’observe Jacques Bombard et Gilbert Collard, tout en haut à droite de l’hémicycle.

Marie-Georges Buffet, pour le groupe communiste, clôture les explications de vote. Elle a du mal à se faire entendre. L’effervescence à l’approche du vote se fait sentir. Elle parle d’une loi d’égalité, qu’elle qualifie d’ « avancée humaine », et qu’elle compare aux lois Badinter sur l’abolition de la peine de mort et Veil sur l’interruption volontaire de grossesse. Pour elle, cette loi mettra fin à une discrimination qui s’appuie sur « la domination patriarcale ». Elle évoque l’amour, le bonheur, la protection des enfants et la plénitude de leurs droits. Tout est dit.

Le moment du vote est arrivé. Tous les députés sont à leur place. Tout va alors très vite. Claude Bartolone annonce : « Le scrutin est ouvert ». Moins de deux secondes plus tard : « Le scrutin est clos ». Les députés de droite se lèvent comme un seul homme et se dirigent vers la sortie. Bartolone annonce le résultat. « Votants : 568. Suffrages exprimés : 558. Majorité absolue : 280. Pour : 329. Contre : 229. L’Assemblée nationale a adopté ». Tous les députés de gauche sont debout. Ils applaudissent et scandent « Egalité ! Egalité ! » J’ai envie de crier avec eux. Il y a quelques mois, c’est nous, militants LGBT, qui scandions ces mots aux abords de l’Assemblée. C’était avant la mobilisation des antis, c’était avant nos grandes marches pour l’égalité.

Christiane Taubira demande la parole. Pendant que les députés de droite continuent de quitter l’hémicycle. Elle arbore une veste rouge orangée. Mais c’est son foulard qui attire mon regard. On a beaucoup commenté les pulls de M. Mariton pendant les débats, il ne manquait que l’orange et le vert pour atteindre les six couleurs du rainbow flag. Aujourd’hui, Mme Taubira, porte un foulard. Un foulard rouge-orange-jaune-vert-bleu-violet.

Comme pour sa présentation du projet de loi il y a exactement deux semaines, elle parle sans note, allie sérieux et humour, droit et poésie. Après les remerciements d’usage – elle n’oublie personne – elle rappelle les « jours et nuits passés ensemble ». Rires. Plus sérieusement, elle évoque les « protections et sécurité » du texte pour les conjoints, mais par-dessus tout pour les enfants. Elle s’adresse à l’outre-mer, qui compte de virulents opposants au projet de loi, même au sein de la majorité, et leur explique qu’elle n’a « aucune raison ni historique ni culturelle d’être en retrait sur les libertés ». Les références littéraires – Antonio Machado, Emmanuel Levinas, après Léon-Gontran Damas il y a quinze jours – et l’humour de la ministre s’enchaînent, jusqu’à une ultime standing ovation de la gauche.

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La vie de l’Assemblée suit son cours. Un nouveau vote et de nouvelles explications de vote. Sur la possibilité pour les groupes politiques de se doter d’une coprésidence paritaire. Les bancs de la gauche se vident à leur tour. Les députés étaient venus pour le premier vote. Quelques-uns restent et écoutent les orateurs. Mais l’attention n’est plus la même. Noël Mamère déambule sur les bancs de la gauche. Son regard semble perdu. Il vient pourtant de gagner un combat de longue date. Le centriste Jean Lassalle erre entre les rangs de l’hémicycle, s’assoit à droite puis à gauche. Hervé Mariton est toujours là. Il écrit à Moscovici, présent pour la suite des débats. Moscovici lui répond. Regards et échange de sourires. Fillon et Jacob reviennent ensemble dans l’hémicycle. Devedjian et Lamour discutent. Le vote précédent est encore dans toutes les têtes. Une députée à la tribune demande : « En avons-nous fait assez pour la parité ? ». Un député de droite crie : « On a fait le mariage ». Guaino et Balkany reviennent à leur tour, hilares. Fillon et Pécresse sont en longue conversation. Le vote est rapide. La loi est adoptée et la séance suspendue.

A la reprise, une nouvelle pièce démarre. Sur la séparation et la régulation des activités bancaires. Le décor est le même mais les acteurs ont changé. Catherine Vautrin a remplacé Claude Bartolone à la présidence de séance. Dans les premiers rôles, le ministre de l’Economie et des Finances, Pierre Moscovici, succède à Christiane Taubira. Gilles Carrez, président de la Commission des finances, reprend le rôle de Jean-Jacques Urvoas. Karine Berger, rapporteure du projet de loi, celui d’Erwann Binet. Dans les seconds rôles, des députés de gauche. Henri Emmanuelli se fait entendre. Et quelques-uns de droite. Woerth. Guaino. Lellouche. Les ténors de la droite sont partis depuis longtemps. Ceux-là même qui disaient accorder plus d’importance aux problèmes économiques et financiers qu’au mariage pour tous. Les spectateurs aussi ont changé. Derrière moi, de vieux militants UMP venus écouter les débats.

Fin du premier acte de cette nouvelle pièce. La séance est suspendue. Je sors de l’hémicycle. Je sors de l’Assemblée nationale. J’ai récupéré mon téléphone. Quelques textos suite au résultat du vote. Sur Facebook, beaucoup de commentaires et de statuts enthousiastes.

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20h30. Je regarde une dernière fois le palais Bourbon. Rien n’a changé. Ou plutôt si, tout a changé. J’observe les drapeaux bleu-blanc-rouge. J’éprouve de la fierté. Je pense à la devise de notre République. Liberté, Egalité, Fraternité. Pour moi aussi. Liberté, Egalité, Fraternité. Pour tous.

12 février 2013. Le jour de l’égalité est arrivé. « Egalité ! Egalité ! ». Ces mots n’ont pas fini de résonner.