Homosexuels toujours interdits du don de sang : que vaut la promesse d'un ministre ?

Paris, le 13 juin 2008

Le 14 juin est la journée mondiale des donneurs de sang. À cette occasion, SOS homophobie rappelle que des milliers d'homosexuels, n'ayant pas de pratiques à risques, sont toujours interdits du don de sang du seul fait de leur orientation sexuelle, en dépit des engagements pris par deux ministres de la Santé.

En 2006, 44 associations avaient rejoint SOS homophobie dans une campagne de promesse de dons de sang, afin qu'un débat ouvert pour que raisons pour lesquelles les homosexuel-le-s sont exclus du don de sang soient clairement étudiées. Au cours de cette action, 3 000 promesses de dons avaient été collectées auprès d’homosexuels et de lesbiennes seronégatifs-ves, promesses qui devaient être transformées en dons effectifs si l’exclusion cessait.

En mai 2006, cette action avait conduit Xavier Bertrand, alors ministre de la Santé, à mettre en place une série de réunions avec des associations LGBT et de lutte contre le VIH, la Halde, l’Établissement Français du Sang et la Direction Générale de la Santé.
Au terme de ces entretiens, Xavier Bertrand, avait annoncé le 7 juillet 2006 mettre fin à cette discrimination : il le confirmait dans des entretiens avec Têtu et Le Monde (10 juillet) : « La contre-indication permanente actuelle visant "les hommes ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes" ne me semblait pas satisfaisante, car elle stigmatisait de facto une population et non des pratiques. Elle va donc disparaître », « J'entends que l'on ne parle plus à l'avenir de "populations à risque" mais bien de "pratiques sexuelles à risque" », précisait le ministre toujours dans Le Monde. Dans le questionnaire médical que tout candidat au don doit remplir, la question « Avez-vous eu des rapports homosexuels? » devait donc être changée en « Avez-vous eu des pratiques sexuelles à risque ? »

Comme la levée de cette interdiction tardait à venir, SOS homophobie a, en septembre 2007, demandé audience au cabinet de Roselyne Bachelot, pour connaître le point de vue de la nouvelle ministre de la Santé. Le 27 novembre 2007, la ministre annonçait à la presse sa décision d'ouvrir le don de sang aux homosexuels. Sur France Info, elle qualifiait cette mesure de "démarche discriminatoire qui n'est pas tolérable" et ajoutait que cette suspension interviendrait "d'ici quelques jours".

Or à ce jour rien n'a changé. Contre toute attente, Jacques Hardy, Président de l'Établissement Français du Sang, annonçait sur RTL le 17 mai 2008 (journée mondiale de lutte contre l’homophobie) que la question concernant l'orientation sexuelle resterait dans le nouveau questionnaire, et que l'interdiction serait inchangée. Seul un changement de place de la question serait opéré afin, paraît-il, de sembler moins stigmatisante…

SOS homophobie et les associations engagées dans cette revendication regrettent d'avoir donné tant de temps et d'énergie pour convaincre deux ministres successifs, puisqu'apparemment leurs promesses, pourtant post-électorales, resteront sans suite.
La décision d'interdire le don de sang aux seules personnes ayant des conduites sexuelles à risque constituait la meilleure mesure de prévention. Nous restons persuadés que cet immobilisme traduit en fait des conceptions discriminatoires vis-à-vis des homosexuels souhaitant, dans un acte citoyen et responsable, donner leur sang. Nous souhaitons bien sûr à l'EFS une pleine réussite des collectes du 14 juin.