L’ambition de l’égalité

Lors de la campagne présidentielle de 2012, le candidat François Hollande s’y est engagé : « Une femme doit pouvoir recourir à l’assistance médicale à la procréation, soit parce qu’elle ne peut pas avoir d’enfant, soit parce qu’elle ne souhaite pas avoir une relation avec un homme. » Trois ans plus tard, qu’est devenue cette promesse ? Elle a été évincée de la loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de personnes de même sexe ; elle a été reportée dans une loi Famille qui n’a jamais été examinée ; elle est soumise à un avis – sans cesse repoussé – du Conseil consultatif national d’éthique (CCNE). De quelle peur la procréation médicalement assistée (PMA) est-elle le nom ?

De la peur des forces les plus conservatrices de notre pays. Au nom d’une vision inégalitaire de la place des femmes dans la société, elles luttent contre toutes les mesures qui renforceraient la liberté des femmes à disposer de leur corps. Au nom de la défense d’un modèle familial unique, elles s’opposent avec force à toutes les avancées qui permettraient de reconnaître la diversité des familles d’aujourd’hui. Leurs craintes sont aujourd’hui les mêmes que celles qui les ont conduites à s’opposer bruyamment à la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) en 1975, au Pacs en 1999, au mariage pour tous en 2013.

De la peur des pouvoirs publics. La recherche de l’apaisement a conduit les pouvoirs publics à sacrifier toutes mesures en faveur de l’accès à la PMA pour toutes les femmes. C’est lors d’une visite au Vatican que le premier ministre, Manuel Valls, a ainsi déclaré que le gouvernement s’opposerait à tout texte de la majorité sur la PMA « jusqu’à la fin de la législature ». Le message est alors clair : il ne s’adresse ni aux femmes célibataires ni aux couples de femmes, privées de l’accès à la PMA ; il ne s’adresse ni aux militants féministes, ni aux militants LGBT (lesbiens, gays, bisexuels et transsexuels – NDLR) ; il s’adresse à celles et à ceux qui se sont opposés avec force et violence à l’égalité des droits lors des débats sur la loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de personnes de même sexe.

Malgré ces discours conservateurs et lâches, il est urgent aujourd’hui d’ouvrir la PMA à toutes les femmes. La PMA est aujourd’hui une réalité dans notre pays. Des milliers de femmes y ont recours chaque année à l’étranger, où la pratique est ouverte à toutes en Belgique et en Espagne. Cette situation crée de profondes inégalités entre celles qui ont les moyens de se rendre dans ces pays et celles qui ne le peuvent pas. L’hypocrisie du législateur ajoute ainsi aux discriminations liées à l’orientation sexuelle une discrimination sociale. Pour les femmes qui ont recours à une PMA à l’étranger, la situation n’est alors pas sans danger, car elles ne bénéficient que d’un soutien médical trop lointain pour assurer leur santé et leur sécurité.

Plus largement, le refus d’ouvrir la PMA à toutes les femmes entretient les hiérarchies et les dominations sociales fondées sur l’orientation sexuelle. Aujourd’hui, la PMA est ouverte aux couples hétérosexuels, mais fermée aux couples de femmes. Les pouvoirs publics ont oublié, comme le rappelait Marguerite Yourcenar, que « toute tolérance accordée aux fanatiques leur fait croire immédiatement à de la sympathie pour leur cause ». Pourquoi, dès lors, ne pas afficher ouvertement son sexisme et sa lesbophobie, quand l’État – lui-même – légitime ces discriminations ?

Certaines et certains nous objectent que le combat en faveur de la PMA pour toutes n’est pas une priorité, que la situation économique et sociale de notre pays impose d’autres priorités. N’oublions pas notre histoire : à la Libération, en 1981, l’ambition sociale n’a pas empêché de vraies avancées sociétales. Au contraire, ce fut alors le signe de politiques fortes qui ne craignaient pas les idéaux dont elles se réclamaient. Aujourd’hui, le problème n’est donc pas l’ouverture de la PMA, mais l’absence de volonté, de courage et de détermination des pouvoirs publics pour construire une société juste et égalitaire.

Yohann Roszéwitch, président de SOS homophobie

Tribune parue le 4 mai 2015 sur le site de L'Humanité
http://www.humanite.fr/en-quoi-ouvrir-la-pma-aux-couples-de-femmes-serait-il-un-probleme-573025