La PMA pour toutes, un acte républicain

Tribune de Gilles Dehais, président de SOS homophobie, dans Libération.

 

Ouvrir la procréation médicalement assistée aux couples de femmes et aux célibataires ? Cette mesure est aujourd’hui approuvée dans l’opinion.

La PMA est aujourd’hui une réalité pour des milliers de femmes en France, des femmes mariées avec un homme qui ont le droit d’y recourir, des couples de femmes et des femmes célibataires à qui ce droit est dénié et qui y recourent de manière clandestine ou à l’étranger. Ouvrir la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes serait aujourd’hui tenir la promesse républicaine de liberté, d’égalité et de fraternité. Notre République peut-elle jouer à reconnaître une liberté à certaines femmes et la refuser à d’autres et ainsi renoncer à l’égalité des droits ? En obligeant les couples de femmes et les femmes célibataires à pratiquer la PMA à l’étranger ou de manière clandestine, sommes-nous prêt-e-s à tolérer que les vies de ces futures mères et de leurs futur-e-s enfants soient mises en danger ?

La semaine dernière, Laurence Rossignol, ministre des Familles, de l’enfance et des droits des femmes annonçait l’abrogation d’une circulaire punissant les gynécologues qui orientaient leurs patientes vers l’étranger pour y pratiquer une PMA. Certain-e-s parleront d’un pas trop petit pour qu’il soit qualifié de progrès. Nous faisons un autre pari, le pari de la confiance dans la parole donnée. Nous nous rappelons, en effet, qu’en 2012, le candidat François Hollande promettait qu’«une femme doit pouvoir recourir à l’assistance médicale à la procréation, soit parce qu’elle ne peut pas avoir d’enfant, soit parce qu’elle ne souhaite pas avoir une relation avec un homme».

Monsieur le Président, Madame la ministre, mesdames et messieurs les parlementaires de la majorité, nous voulons aujourd’hui, croire en vos mots. Depuis quatre ans, l’opposition défile bruyamment contre l’ouverture de la PMA à toutes les femmes. Peut-on espérer que la droite française prenne un jour modèle sur la droite anglaise qui a ouvert dans son pays le mariage aux couples de personnes de même sexe et la PMA pour toutes ? La droite est-elle condamnée, en s’opposant systématiquement aux progrès sociétaux, à renoncer aux valeurs fondatrices de notre république ? A l’image de Nathalie Kosciusko-Morizet, les premières voix favorables se font entendre pour donner à toutes les femmes les mêmes libertés, le même droit de choisir. Mesdames et messieurs les parlementaires de l’opposition, nous voulons, aujourd’hui, croire que les valeurs républicaines fondamentales ont plus de sens, pour vous, que de simples positions partisanes. Le rassemblement en faveur de l’ouverture de la PMA à toutes s’élargit de jour en jour. Le 1er juillet 2015, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes recommandait au gouvernement et au Parlement de mettre fin à cette double discrimination à l’égard des femmes célibataires et des lesbiennes.

Le 29 mai, 46 associations dont plusieurs associations familiales ont ainsi lancé un appel en faveur de l’ouverture de la PMA à toutes les femmes. Jeudi, un sondage révélait que l’opinion approuvait cette mesure. Aux yeux de la majorité, il est désormais temps d’en finir avec cette exclusion, d’assurer à toutes les femmes et à leurs enfants la sécurité dont elles et ils ont besoin, d’en finir avec ce déni des droits et des libertés des femmes. A celles et ceux qui doutent, qui hésitent, qui s’opposent, la majorité d’entre nous préfère celles et ceux qui rassemblent autour de nos valeurs communes. Elles et ils donneront ainsi corps à la promesse républicaine de liberté, d’égalité et de fraternité.