Mardi 18 janvier, premier jour du procès Bruno Wiel

Chaque jour du 18 au 28 janvier, SOS homophobie tient le journal du procès des quatre agresseurs de Bruno Wiel.
“L’audience criminelle est ouverte, veuillez vous asseoir.” C’est ainsi que le président du jury de la Cour d’Assises du Val-de-Marne ouvre le procès opposant Bruno Wiel à ses quatre agresseurs, ce mardi 18 janvier, à 9h30. Bruno ne souhaite donner aucune interview à la foule de journalistes qui l’attendent aux portes de la salle d’audience, ayant besoin de toute son énergie et sa concentration pour affronter pour la première fois depuis 2006 les quatre hommes qui l’ont agressé, violé et torturé. Lui ne se souvient de rien.

  • Jury populaire et pièces à conviction

Les quatre mis en cause sont dans un box, avec les deux autres prévenus. Car Bruno n’est pas la seule victime qui s’est constituée partie civile : Timothy H. et Maurice T. devraient être à ses côtés. Mais ce mardi matin, alors que l’audience commence, les avocats de Bruno Wiel ne peuvent pas dire si les deux autres victimes, qui ont été agressées physiquement et dérobées par une partie des agresseurs de Bruno le même été, seront présentes.
Un jury d’assises est composé de douze membres : trois juges professionnels et neuf citoyen-ne-s tirés au sort. Après avoir vérifié l’identité des mis en cause, le président procède au tirage. Les membres du jury – cinq hommes et quatre femmes – vont s’asseoir les uns à côté des autres, face au public (l’audience du procès est ouverte à tou-te-s) et à Bruno Wiel. SOS homophobie, constituée partie civile, est à sa gauche, et fait face aux six prévenus et leurs avocats. Au centre de cet espace, le dossier de plusieurs milliers de pages – l’instruction a duré 3 ans et demi. Et à côté, sous scellé, dans une boîte transparente, les pièces à conviction. Parmi elles, le jean que Bruno portait lors de l’agression, déchiré à l’entrejambe sur 18 centimètres.
“Le jury est constitué, les débats sont ouverts“, déclare le président. C’est au tour des parties civiles de confirmer leur présence. Bruno Wiel semble la seule victime présente. Mais quand le juge appelle Maurice T., après un court silence, une voix s’élève dans le public : “oui“. Surprise générale. L’homme s’avance jusque devant le jury. Il ne souhaite pas se constituer partie civile, et seulement intervenir comme témoin dans le procès. Quelques minutes plus tard, Timothy H. suivra ses pas. Bruno Wiel et SOS homophobie sont donc les seules parties civiles dans ce procès. A moins que, avant le réquisitoire de l’avocat général – représentant du ministère de la justice -, qui interviendra l’avant-dernier jour du procès, les deux hommes se décident finalement à se porter partie civile. Rien n’est à exclure.

  • 53 pages d’acte d’accusation, 10 jours de procès

Le greffier entame alors la lecture publique de l’acte d’accusation. Pendant 1h30, ce sont plus de cinquante pages décrivant les faits rapportés par les agresseurs et les victimes et les circonstances de chaque affaire qui sont lues à voix haute. Le ton neutre et appliqué du greffier tranche avec la violence inouïe du récit des trois agressions de Bruno Wiel, Maurice T. et Timothy H. Les accusés maintiennent leur tête baissée, et se lancent des regards en coin lors de l’énonciation de certains faits. Bruno garde son calme, prend des notes, les observe. Pour l’instant, aucun souvenir ne remonte à la surface.
Juste avant une coupure à l’heure du déjeuner, le président du jury annonce les dates de comparution des témoins et le déroulement  (prévu mais flexible) du procès : l’après-midi même, et jusqu’à jeudi soir, ce sont les personnalités des agresseurs qui seront examinées, à commencer par celle de Julien S. Chacun répondra alors aux questions du président, puis à celles des membres du jury s’ils en ont. Suivront les questions des parties civiles, de l’avocat général et, comme toujours dans un procès en cour d’assises, de la défense. Sont invités à comparaître des témoins (membres de la famille, amis…) pour donner davantage d’éléments sur la personnalité des mis en cause.Vendredi, ce seront les experts (psychologue, psychiatre, chargé d’enquête de personnalité) qui se prononceront sur chacun des accusés.
Puis, à partir de lundi, les faits seront examinés. La confrontation entre les différentes versions des accusés – contradictoires – et les résultats de l’enquête feront entrer dans le vif du sujet. L’agression de Bruno Wiel devrait, à elle seule, mobiliser une journée et demi de débats. Mardi après-midi et mercredi, les cas de Maurice T. et Timothy H. seront soumis au débat. Puis, entre mercredi et vendredi matin, les parties civiles, les réquisitions de l’avocat général et les plaidoiries de la défense seront entendues.
Vendredi après-midi, le jury rendra son verdict.