Massacre d'Orlando et don du sang : le 14 Juin, Journée Mondiale de l'Hypocrisie

49 personnes tuées, 53 personnes blessées. Le massacre homophobe dans la boîte de nuit The Pulse à Orlando en Floride est le plus grand attentat commis sur le territoire américain depuis le 11 Septembre 2001. Au moment où les victimes ont été transportées à l'hôpital et, pour beaucoup d'entre elles, avaient besoin de transfusion sanguine, les médias américains ont rappelé que les hommes gays et bi ne peuvent pas donner leur sang dans l'État de Floride s'ils ont eu un rapport sexuel avec un autre homme au cours de l'année passée.

Si nous ne devions retenir qu'un terme pour qualifier cette situation, c'est celui de désolation. Il est désolant qu'au moment où un crime homophobe d'ampleur est commis, des dizaines de personnes étant blessées et tuées pour ce qu'elles sont - lesbiennes, gays, bi, trans' -, les hommes gays et bi qui veulent donner leur sang pour aider les survivant-e-s ne le puissent pas. Il est révoltant que des amis, des amants, des partenaires, des époux, des frères, des cousins, des pères, des oncles ne puissent sauver la vie des rescapé-e-s parce qu'ils sont gays ou bi. Il est humiliant d'utiliser le seul motif de l'orientation sexuelle d'une personne pour lui interdire de porter secours à des victimes.

Or, si un attentat dans un lieu de convivialité LGBT avait lieu en France, nous serions confronté-e-s à la même situation. Le Ministère de la Santé français, comme celui de nombreux autres États, n'a toujours pas levé l'interdiction de donner son sang pour tout homme ayant eu une relation sexuelle avec un autre homme au cours des 365 derniers jours. Nous sommes ici face à une hypocrisie sans nom. Car cette interdiction exclut, de fait, l'immense majorité des hommes gays et bi. Elle leur dit qu'ils peuvent donner leur sang, à condition de ne pas avoir de relations sexuelles. L'État français accepte donc le sang des homosexuels, tant que ceux-ci sont sexuellement abstinents.

Faut-il qu'un bar ou une boîte LGBT dans l'Hexagone soit la cible d'une attaque semblable à celle d'Orlando pour rappeler cette réalité ? Si cet événement met en lumière cette réalité discriminatoire, il n'est pas le seul. Ainsi, la Journée Mondiale des Donneurs de Sang, le 14 juin chaque année, est une nouvelle occasion de souligner cette homophobie institutionnelle. Elle permet de se souvenir qu'en France les hommes gays et bi sont présumés séropositifs du simple fait de leur orientation sexuelle. Elle nous montre que chaque homme gay et bi est représenté comme une menace pour la santé publique, sans tenir compte de la diversité des pratiques individuelles, sans une analyse fine des risques réels.

SOS homophobie ne cessera de réclamer que le Ministère de la Santé abandonne le concept de "groupes à risques" pour retenir celui de "pratiques à risques". Il en va de la citoyenneté même des hommes gays et bi, de leur capacité à sauver des vies, celles de leurs proches comme celle de tout être humain, sans qu'un lien ne soit établi avec leur orientation sexuelle.