Procès Bruno Wiel - 3e jour : suite et fin des personnalités des agresseurs

L'audience reprend, ce jeudi matin, avec la suite de l'examen de la personnalité de Yohan D.

La mère de Yohan, comme l'avait fait sa fille la veille, raconte une enfance marquée par l'alcoolisme et la violence d'un père et comment Yohan tentait de s'interposer pour lui éviter les coups. Elle dit aussi que son fils a subi des brimades et des violences à l'école et qu'il déteste la cité des Grands Champs dans laquelle il a grandi. Il est décrit comme doux et à l'écoute par sa mère, qu'il dit mieux connaître depuis qu'il est en prison. Un deuxième témoignage, celui de la fiancée de Yohan D, vient terminer de brosser le portrait de ce jeune homme de 24 ans. Lors de sa déposition au moment de l'enquête, elle n'a jamais prononcé le nom de Bruno Wiel où même employé le mot de victime, mais toujours "l'homosexuel". L'avocate de SOS homophobie s'étonne de ce type de catégorisation. La jeune femme ne sait s'expliquer sur cette nomination pour le moins réductrice dans de telles circonstances, comme elle ne sait dire pourquoi elle a déclaré que "Karim, il n'aime pas les homosexuels", parlant d'un des co-accusés de son fiancé. Le reste de son témoignage n'est qu'hésitations et trous de mémoire. Elle retourne s'asseoir dans une salle qui s'est rempli lentement des proches, amis et familles, des prévenus. L'attention est grande, le silence est dense. Les regards se tournent vers leurs amis dans le box.

Haitem B
Ce jeune homme de 26 ans ne comparaît pas ici directement dans l'affaire Bruno Wiel, mais il est accusé des faits subis par Timothy H. Cependant, son passé judiciaire fait qu'il ne comparait pas libre aujourd'hui. Le portrait qui est dressé est celui d'une enfance sans violence, entre la Tunisie et le France. On sent la souffrance due au départ d'un père rentré vivre au pays. Il se marie jeune et devient papa d'une petite fille à laquelle il n'a de cesse de répéter qu'il est très attaché. Il parle de son enfant et dit qu'il s'est soustrait plusieurs fois à la police par peur de ne pas la voir et d'être arrêté devant elle. Car Haitem B n'en est pas à sa première affaire avec les tribunaux. Il a été reconnu coupable d'escroquerie, et a fait l'objet d'un rappel à la loi. Il ne s'est pas soumis aux règles établies lors de ce rappel et qui consistaient à se présenter au commissariat toutes les semaines. Ce sont sa femme et sa mère qui seront appelés à la barre dans l'après-midi. La mère dresse elle aussi le portrait d'un fils aimant et serviable, à l'écoute, sans violence, tout comme le fera son épouse un peu plus tard. Haitem B répète d'ailleurs que la naissance de sa fille l'a écarté de la délinquance. L'avocat général, lorsqu'il reprend la parole, interroge la jeune femme pour savoir si son mari était heureux le jour de la naissance de sa fille. Il répète plusieurs fois la question, amenant la jeune fille, qui ne semble pas, tout comme l'audience, comprendre le pourquoi de la question, à dire que "oui, il était enthousiaste et heureux". Or, la veille de la naissance de sa fille, Haitem B a commis les violences pour lesquelles il comparaît aujourd'hui. Lorsqu'on lui demande de dire ce qu'il a ressenti après les faits, Haitem B est pour le moins contradictoire, comme dans tout le reste de ces prises de paroles : il dit à la fois "on se sent comme un monstre, on ne dort pas, on a de la colère en soi" et "je ne vous dirai pas que cela m'a empêché de vivre".

Mamadou D.
C'est le seul des prévenus qui comparait libre aujourd'hui. Les actes qui lui sont reprochés ne sont pas non plus ceux directement liés à l'affaire Bruno Wiel. Cependant, il est aussi suspecté d'avoir participé à des méfaits perpétrés par la même bande. Il explique assez mal d'ailleurs comment il les a tous connus. Ce ne serait qu'au cours de l'été 2006, c'est-à-dire au moment des faits. Dans ce portrait de personnalité, pas de violence, pas de drames familiaux. Une famille ordinaire, en somme. Septième enfant d'une famille venue du Mali, Mamadou D. semble avoir été un enfant sans problème. Il suit une scolarité normale jusqu'au lycée où tout bascule. Les jurés comme le Président tentent de comprendre cette brisure qui fait que ce tout jeune homme sombre dans la déscolarisation, la violence ordinaire et le trafic de stupéfiants. Il n'aura de cesse d'enfreindre la loi, comme lorsqu'il conduit sans permis parce qu'il lui a été retiré à plusieurs reprises. Le jeune homme ne sait pas non plus lui-même expliquer ce virage dans la délinquance et la violence. Son avocat tentant de lui faire dire combien la vie dans une cité peut amener à ce genre de débordements.

L'avocat général prend la parole dans l'après-midi pour dire son étonnement d'entendre tant de qualités dans toutes les dépositions données, et ce pour tous les prévenus, et la violence des faits qui leur sont reprochés. Le silence dans la salle se rompt et chacun semble se demander comment tout cela a pu se produire. Et l'avocate de SOS homophobie de rappeler l'enjeu de ce procès : "Nous ne sommes pas là pour dire si ces hommes sont homophobes, mais là pour juger si les actes qu'ils ont commis sont des actes homophobes."