Procès Bruno Wiel : l'après-procès, par Bruno Wiel

"Bonjour à tous,

Tout d'abord, il me faut remercier les membres de SOS homophobie de leur soutien, elles et eux qui étaient présent-e-s chaque jour aux cotés de leur avocate Maitre Mécary. Que ce soit dans les regards ou dans leur présence à chaque suspension d'audience, je ne me suis jamais senti seul.

Ces journées m'ont réellement épuisé, je ne pensais pas pouvoir physiquement assister à autant de journées. Je n'ai "séché" que deux après-midi : mes avocats et mon petit frère voyaient que je commençais à ne plus rien enregistrer et que je ne faisais qu'acte de présence ! J'ai de gros problèmes de mémoire qui me forcent à tout noter afin de pouvoir me rappeler, et lorsque mon entourage voyait que je n'écrivais plus ou que mes notes devenaient illisibles, ils me forcaient à prendre un taxi et à aller me reposer. J'ai encore besoin de beaucoup d'heures de sommeil, que je ne pouvais avoir durant les assises : les journées étaient éprouvantes, les journalistes en demande quotidienne...

Comme je l'ai plusieurs fois déclaré, je n'ai jamais eu réponse à mes questions alors que dès les premières journées, mes agresseurs s'y étaient engagés. Et, naïvement, j'y ai cru. Cependant, les journées se sont succédées et leurs explications changaient pratiquement quotidiennement : au début ils se tiraient dans les pattes, ensuite ils sont redevenus les meilleurs amis du monde du fait de leur incarcération dans la même prison durant le procès, et certainement aussi avec les réunions quotidiennes avec leurs avocats.

Nous ne saurons jamais comment j'ai pu me retrouver dans ce véhicule, ni comment sont apparues ces traces de brûlures qui seraient des brûlures de cigarettes selon les médecins sur mon torse à divers endroits... Cependant, leur manque de conviction, de bonne volonté a, j'ose penser, joué en leur défaveur. En effet, malgré tout ce que j'ai pu lire dans la presse, les blogs ou surtout les messages que je reçois sur Facebook, je trouve que 16 à 20 ans de réclusion criminelle avec l'homophobie comme circonstance aggravante est une peine cohérente.

Cependant, Maître Cotta, l'une des avocates de la défense, a déclaré ces peines trop lourdes pour des hommes de cet âge, qui peuvent changer. Là, je n'y crois absolument pas. J'ai constaté et entendu durant leurs déclarations un réel manque d'éducation : ils n'ont aucun repère quant au bien et au mal en dehors de leurs structures familiales proches ou amis. Tout ce qui n'est pas comme eux ne doit et ne peut pas exister...

J'espère que la création de ce journal de bord du procès où, quotidiennement, les membres de SOS homophobie présents aux assises faisaient un compte rendu de la journée, vous a satisfait. Je tiens d'ailleurs à m'excuser auprès des membres présents du peu de disponibilité durant ces journées aux assises mais durant les suspensions, je m'isolais, partais fumer, avaler des cafés... Je remercie à nouveau du fond du coeur Bartholomé, Ronan et Maître Mécary, pour leur réelle gentillesse et affection. Mais bien sûr, rien n'aurait été possible sans la présence de mon petit frère quotidiennement, de ma maman et de mes avocats Maître Maltet et Maître Dubois, qui sont devenus de réels amis.

Bien à vous, merci de tout ce soutien que je n'espérais pas.

Bruno"