Rapport sur l'homophobie 2011 : au moins 4 victimes chaque jour

A l'occasion de la Journée Internationale contre l'homophobie et la transphobie et pour la quinzième année consécutive, SOS homophobie publie son Rapport sur l'homophobie. Basé sur les centaines de témoignages que l'association reçoit chaque année sur sa ligne d'écoute et son site internet, il constitue aujourd'hui la seule publication permettant de suivre, année après année, l'évolution de l'homophobie sur le territoire français. 

Alors que le nombre de témoignages stagnait depuis 2005 entre 1200 et 1300 par an, l'année dernière marque un triste « record » : nous avons comptabilisé près de 1500 témoignages entre le 1er janvier et le 31 décembre 2010, soit quatre témoignages par jour. Si elle ne signifie pas forcément que la haine des personnes LGBT augmente en France, cette hausse de près de 20% permet une analyse plus fine des manifestations de l'homophobie et de la transphobie sur le territoire. Elle traduit tout autant la nécessité de plus en plus forte, de la part des victimes, de signaler les agressions dont elles sont l'objet que la visibilité croissante de SOS homophobie ; en particulier, les femmes victimes de lesbophobie sont de plus en plus nombreuses à nous contacter - plus de 200 témoignages, +30% par rapport à l'année dernière. Mais nous savons que de trop nombreuses personnes ne nous contactent pas, ne parlent à personne de ce dont elles peuvent être victimes et se murent dans le silence. 

Parmi les témoignages reçus en 2010, Internet est, pour la deuxième année consécutive, le premier motif d'interpellation de notre association : un appel sur cinq concerne des insultes, diffamations ou appels à la haine homophobes sur la toile. Au-delà des sites extrémistes politiques et religieux, une large part des témoignages concerne les réseaux sociaux et les sites des grands médias. Certains articles abordant un sujet LGBT deviennent le théâtre d'un défoulement homophobe virulent où, derrière son écran, n'importe qui peut déverser sa haine. 

Autre fait notable : la part des témoignages concernant des agressions dans des lieux publics a considérablement augmenté cette année. Il est passé de 108 cas signalés en 2009 à 154 cas en 2010 (+ 43%), soit trois attaques dans des lieux publics par semaine. Plus inquiétant encore : près d'un témoignage sur deux, dans ce contexte, nous rapporte une agression physique. C'est d'ailleurs ce qui ressort fortement de notre rapport cette année : avec 125 cas signalés en 2010 contre 88 cas en 2009, le nombre d'atteintes à l'intégrité physique augmente de 42%. Autant d'éléments prouvant que l'homophobie sait être virulente et éclatante, encore aujourd'hui. 

Mais c'est bien l'homophobie quotidienne, sourde et pernicieuse qui constitue l'essentiel des témoignages reçus : insultes, rejet, harcèlement, discrimination, diffamation, et ce dans tous les contextes de la vie quotidienne (travail, voisinage, famille, milieu scolaire). C'est une homophobie « ordinaire », souvent invisible et qui ne dit pas toujours son nom. Elle est destructrice sur le long terme, et les outils pour les victimes sont extrêmement réduits, faute de politiques de prévention d'envergure et de mise à disposition aux acteurs de terrain de véritables moyens d'action pour lutter contre l'homophobie et la transphobie. 

A un an de l'élection présidentielle française, le Rapport annuel de SOS homophobie est plus qu'un outil statistique : un appel militant à la conscience des femmes et hommes engagé-e-s en politique. Pour que les centaines de victimes qui nous appellent chaque année et les milliers qui se taisent n'aient pas le sentiment amer que leur pays se moque de ce qu'ils et elles peuvent vivre au quotidien. SOS homophobie rappelle, encore une fois, que la lutte contre l'homophobie n'a de sens que si elle est accompagnée d'un combat pour l'égalité des droits, et demande à ce que l'orientation sexuelle ou l'identité de genre des personnes ne soit à aucun moment de leur vie un critère pour les discriminer ou les attaquer.