Tribune de SOS homophobie dans l'Humanité

La publication originale est ici

 

Les 17 et 18 novembre derniers ont eu lieu deux manifestations pour contrer le projet de loi « mariage pour tous ». En apparence différentes, mais dans le fond si proches.

 

Le 18 novembre, la manifestation contre le projet de loi « mariage pour tous » fut le théâtre de débordements, de brutalités physiques révoltantes, une manifestation de haine où la violence s’exprimait, les banderoles et pancartes des manifestant-e-s explicitant l’homophobie qui les animait : « La France a besoin d’enfants, pas d’homosexuels », « les actes d’homosexualité sont des dépravations graves »… Des violences incarnées dans les coups portés à des journalistes, comme Caroline Fourest, et à des contre-manifestant-e-s, comme les Femen (1), en faveur de l’égalité des droits.

 

Ces brutalités qui révèlent un obscurantisme aveugle et sourd doivent être condamnées. Il est insupportable de constater qu’une réponse au mariage pour tous est faite d’exclusion et d’agressions physiques. Ces violences ne servent pas le débat, elles ne servent qu’à exprimer la haine et le mépris de l’autre, l’autre étant l’homosexuel-le et toute personne soutenant le mariage pour tous. Il n’est pas surprenant de lire sur le site de l’institut Civitas, organisateur de cette manifestation, que Caroline Fourest n’aurait pas apporté de preuves de son « tabassage » et que l’« on peut clairement s’interroger sur l’impartialité de cette journaliste en la matière et sur le caractère plus que provocateur de sa présence ». Pour peu, cela justifierait presque ces débordements qui poussent pourtant des personnalités politiques à réclamer la dissolution de l’institut Civitas (2).

 

Le 17 novembre, avait lieu une manifestation, faisant preuve d’une ingénieuse dialectique, puisqu’elle se voulait tant contre le projet de loi « mariage pour tous » que contre l’homophobie. Sauf qu’il n’en était rien. L’intitulé de l’événement « Manif pour tous » était séduisant mais l’objet était le même : maintenir les homosexuel-les dans une situation d’infériorité, garder les familles homoparentales dans une insécurité juridique, soutenir l’idée que les homosexuel-les, les couples de même sexe, les familles homoparentales n’ont pas la même valeur. Si les manifestant-e-s du 17 novembre n’ont battu personne, il n’y eut pas moins de mal fait aux lesbiennes, gays, bi, trans et à la France. La hiérarchisation des citoyen-ne-s et des droits qui leur sont accordés en fonction de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre n’a pas lieu d’être dans une démocratie et elle est une insulte à notre Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et à notre devise « Liberté, Égalité, Fraternité ».

 

Nombre d’opposant-e-s au « mariage pour tous » réclament un débat qui leur serait refusé ou empêché. Dans les pages du Monde au même moment (3), des dignitaires religieux invitaient à « oser véritablement, sereinement, sérieusement le débat ». Le titre de cette tribune est évocateur : Ce « “mariage pour tous” divise la société française ». SOS Homophobie a toujours démontré que le débat existait et marqué
sa volonté d’y participer. C’est dans 
cet objectif qu’elle répond aux arguments qui nous parviennent (4). Néanmoins, si « la France a besoin d’enfants », elle a avant tout besoin de respect pour toutes les personnes qui la constituent, quelles que soient leur orientation sexuelle et leur identité de genre, afin que la société qui attend les enfants de demain soit plus respectueuse et plus égalitaire pour toutes et tous.

 

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(1) http://www.humanite.fr/societe/violents-derapages-lors-de-la-manif-de-ci....

(2) http://www.franceinfo.fr/politique/les-appels-a-la-dissolution-de-civita....

(3) Le Monde, dimanche 18 - lundi 19 novembre 2012.

(4) http://www.ouiaumariagepourtous.org