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Chaque année, de façon récurrente, nous recevons des appels ou des mails de gays, et parfois de lesbiennes, qui se sont vus refuser leur sang alors qu'ils voulaient en faire don par simple acte de générosité. Le motif de ce refus : leur homosexualité. L'orientation sexuelle peut-elle être un objet de refus de don du sang ?

Hélas, oui. Depuis le 20 juin 1983, une circulaire relative à la prévention du SIDA par la transfusion sanguine a été mise en place par le Professeur Roux, Directeur Général de la Santé à l'époque, interdisant aux "personnes homosexuelles ou bisexuelles" de donner leur sang étant considérées comme un "groupe à risque" au même titre que les utilisateurs de drogues injectables par voie veineuse, les personnes originaires d'Haïti et d'Afrique équatoriale, les partenaires sexuels (hommes ou femmes) des personnes appartenant à ces catégories. La formulation n'est pas très heureuse, puisqu'elle ne concerne que les hommes homosexuels ou bisexuels. Ainsi les relations homosexuelles masculines sont répertoriées comme un comportement à haut risque d'exposition au VIH, hépatite B et C dans la dernière édition des contre-indications médicales au don du sang relatives à la prévention de la transmission d'agents viraux.

Si cette mesure pouvait se justifier au regard des connaissances scientifiques de l'époque et d'une population gay majoritairement touchée par le VIH, aujourd'hui 22 ans après, les statistiques nous démontrent que depuis 15 ans, l'épidémie du sida en France se développe beaucoup plus rapidement chez les hétérosexuel(le)s (+410% en 15 ans) que chez les gays (-68% sur la même période, source INVS : Institut National de Veille Sanitaire). Ainsi depuis 1997, on peut affirmer que la pratique sexuelle hétérosexuelle est le mode de contamination le plus fréquent. De plus, il ne faut pas oublier qu'avec les fréquentes campagnes de prévention lancées au sein du milieu gay depuis les années 1980, ce groupe est celui qui recourt le plus au dépistage (89% des gays versus 36% de l'ensemble des hommes, source INVS), les statistiques doivent donc tenir compte de cet indicateur qui nous démontre qu'il y a plus d'hétérosexuel(le)s que de gays porteurs du VIH qui s'ignorent. D'autre part, si on devait tenir compte des statistiques pourquoi ne pas alors exclure également tous les hommes puisqu'ils représentent "un sexe à risque" !!!

Malgré des statistiques quelque peu contestables, rien ne prouve que les gays aient plus de conduites à risque que les hétérosexuel(le)s : en effet si des études faites auprès de gays fréquentant des lieux "hautement représentatifs" tels que les saunas, les backrooms et autres lieux de drague (cf le Baromètre Gay 2002 de l'INVS : enquête réalisée dans les lieux de rencontre gays), montrent que certains gays ont des conduites à risque, en revanche aucune étude n'a été menée sur les conduites à risque des hétérosexuel(le)s. D'ores et déjà, ces études, biaisées par les lieux d'enquête, tendent à ne montrer qu'une "image d'Epinal" où tous les gays sont associés à un "style de vie libertin" engendrant des conduites à risque. L'INVS oublie trop souvent que l'homosexualité avant d'être une sexualité est une affaire d'identité qui recouvre une multitude de pratiques sexuelles tout comme l'hétérosexualité sur lesquelles il serait hasardeux de généraliser a priori.

Malgré toutes les précautions prises, seules l'honnêteté et la franchise des donneurs peuvent empêcher la transmission de sang contaminé. Un homosexuel tout comme un hétérosexuel peut très bien mentir sur sa vie sexuelle lors du questionnaire mené par le médecin. De toute façon, le risque est minime car pour toute personne qui donne son sang, des tubes d'échantillons du sang sont prélevés simultanément afin de faire des analyses. Chaque don est donc systématiquement testé individuellement. Chaque donneur est identifié par un numéro de don unique avec un code à barre qui est attribué à sa poche de sang pour assurer toute la traçabilité à chaque étape du circuit. Ainsi lorsqu'une anomalie est décelée, le donneur est toujours prévenu aussitôt par l'EFS (Etablissement Français du Sang). Le seul risque pourrait venir du fait que des dons seraient réalisés sur une période (la fenêtre sérologique) où on ne peut pas encore détecter la maladie chez le donneur faute de fabrication suffisante d'anticorps par l'organisme et encore cette période est très courte (12 jours après la contamination).

SOS homophobie a décidé de se mobiliser contre cette discrimination en lançant un appel national à tous les homosexuels masculins séronégatifs qui souhaitent donner leur sang et qui déclarent sur l'honneur ne pas avoir de conduites à risques lors de leurs rapports sexuels, ce qui sous-entend : pas de rapports non protégés, pas de partenaires multiples ou avec un partenaire unique depuis moins de 6 mois. Ces derniers pourront remplir une promesse de don du sang. Nous invitons également tous ceux qui ne font pas partie de cette catégorie et qui souhaitent soutenir notre action à remplir un engagement receveur(se) affirmant qu'ils s'insurgent contre l'exclusion systématique des homosexuel(le)s du don du sang et déclarent, si cette mesure était abolie, ne pas craindre d'être transfusé(e)s (il est bien sûr possible de cocher les deux : promesse de don et engagement receveur(se)). Les promesses de don et les engagements receveurs collectés seront transmis à SOS homophobie qui gère l'opération (SOS homophobie s'engage à garantir la confidentialité des données communiquées).

Cette campagne de don du sang a pour objectif de sensibiliser les Français(es) à cette discrimination trop souvent ignorée par les homosexuels eux-mêmes et davantage encore par tous ceux qui peuvent donner leur sang. Cette discrimination sous-entend que les homosexuels sont une population irresponsable sexuellement et ont par essence un sang impur indigne d'être transmis pour sauver une vie. Il est intolérable que de tels principes moralisateurs puissent régenter des principes de précaution soit disant scientifiques ! Nous voulons pointer du doigt l'amalgame sous-jacent à cette mesure qui associe les comportements à risque à une orientation sexuelle. D'autant plus que les conduites à risque ne sont pas l'apanage des homosexuels ! Cependant, si les hétérosexuel(le)s qui ont des conduites à risque sont exclus temporairement (6 mois après un rapport non-protégé), les homosexuels masculins, eux, sont exclus systématiquement et définitivement quels que soient leurs comportements sexuels. Cette mesure ne sert qu'à stigmatiser une orientation sexuelle qui dérange et entraîne la ségrégation d'une minorité à un acte de citoyenneté et de solidarité, ce qui ne fait que renforcer l'homophobie ambiante !

Ainsi nous demandons la révision de cette mesure afin que soit prise en compte non plus l'appartenance à une orientation sexuelle mais que le cas par cas soit étudié en dehors de toute considération sexuellement discriminatoire. Nous demandons également une exclusion temporaire et non définitive des homosexuels masculins au même titre que les hétérosexuel(le)s, en cas de conduites sexuelles jugées à risque.

A la clôture de l'opération, le nombre total de promesses de dons et d'"engagements receveurs(euses)" sera remis symboliquement à la direction de l'Établissement Français du Sang. Charge à eux de les accepter et ainsi sauver des vies ou de les refuser.

Les informations transmises à l'Etablissement Français du Sang seront anonymes : seul le prénom et le code postal seront communiqués. Nous faisons confiance à votre responsabilité citoyenne pour aller donner votre sang et respecter cet engagement, si l'Etablissement Français du Sang changeait sa position.