Edito : Ne plus se taire face à l'homophobie ordinaire et la transphobie

Thibault a 16 ans. Depuis que son homosexualité a été révélée dans son lycée de la région parisienne, plusieurs élèves de sa classe refusent de s’asseoir à côté de lui, l’insultent et le menacent.
André vit en maison de retraite sur la Côte d’Azur. Ayant longtemps caché sa bisexualité à son entourage, il a osé en parler à Pierre, un autre pensionnaire avec qui il jouait régulièrement aux échecs. Depuis ce jour, Pierre refuse de jouer avec lui à cause de ses « mœurs dégénérées ».
Murielle est lesbienne et ne le cache pas sur son lieu de travail. Elle subit régulièrement des moqueries de la part de ses collègues, des incompréhensions et des questions indiscrètes.
Laura est une femme trans du Nord de la France. Encore en transition, elle n’a toujours pas obtenu son changement d’état civil et des papiers d’identité conformes à son genre. Elle rencontre régulièrement des difficultés dans ses démarches administratives.
 
Thibault, André, Murielle, Laura subissent de l’homophobie, de la biphobie ou de la transphobie ordinaire. Mais ces victimes n’ont jamais contacté SOS homophobie. Pourtant, ce qu’elles subissent est caractéristique des centaines de témoignages reçus chaque année par notre service d’écoute, et sans doute des milliers de cas qui ne nous sont pas rapportés.
Cette homophobie du quotidien est hélas susceptible de toucher toute personne homosexuelle ou supposée l’être, quel que soit son âge, son lieu de résidence, son milieu social ou culturel. Elle peut se produire dans tous les contextes de la vie quotidienne (famille, travail, voisinage, lieux publics, commerces et services, Internet et réseaux sociaux) et dans tout milieu, ouvrier ou bourgeois, privilégié ou modeste, rural ou urbain. Il en est de même pour la biphobie et la transphobie.
L’homophobie ordinaire peut se manifester sous toutes ses formes, des plus courantes – moqueries, brimades, insultes – aux plus violentes – menaces, harcèlements et agressions physiques, en passant par le chantage, la diffamation ou la discrimination.
 
Thibault, André, Murielle, Laura auraient pu contacter SOS homophobie. Mais contacter SOS homophobie, c’est déjà accepter d’avoir subi une agression lesbophobe, gayphobe, biphobe ou transphobe. Contacter SOS homophobie, c’est déjà se sentir victime. Contacter SOS homophobie, c’est avoir le courage de dévoiler une part de son intimité, c’est oser demander de l’aide.
A la suite d’une agression, une victime devrait pouvoir se confier à ses proches, à sa famille ou ses ami-e-s, à ses collègues de travail ou ses camarades de classe. Mais dans le cas d’une agression homophobe, il n’est pas rare que la victime n’ose pas leur en parler, par peur de nouvelles réactions de rejet, d’autant plus si son homosexualité n’a encore jamais été évoquée. De la même manière, une victime d’homophobie pourra hésiter à déposer plainte auprès des forces de l’ordre si elle craint leur réaction ou simplement parce que son orientation sexuelle pourrait être rendue publique.
L’homophobie peut engendrer chez les gays et les lesbiennes un certain nombre d’angoisses, allant de la peur du regard des autres à la crainte de représailles. Le rejet subi et la peur qui en découle les mènent souvent à un repli sur soi, qui peut aller jusqu’à la désocialisation et l’isolement.
 
En 20 ans, les témoignages reçus par notre association n’ont cessé d’augmenter année après année, pour atteindre le nombre record de 3 500 en 2013. La libération de la parole homophobe en est une cause, particulièrement visible quand les droits des homosexuel-le-s sont sous le feu de l’actualité. Ce fut le cas l’an dernier avec les débats sur le mariage pour tou-te-s. Mais la libération de la parole des victimes est une cause tout aussi importante. En 20 ans, de nouveaux droits ont été acquis pour les personnes LGBT (la circonstance aggravante d’homophobie et de transphobie, l’alignement des délais de prescription sur les autres discriminations) et pour les couples homosexuels (le Pacs, l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de personnes de même sexe). Même si l’égalité n’est pas encore entière, ces acquis leur ont donné une nouvelle reconnaissance dans la loi, un nouveau statut au sein de la société. Les victimes d’homophobie et de transphobie se reconnaissent par conséquent de plus en plus comme telles, et osent de plus en plus témoigner et porter plainte sans crainte de représailles.
 
Malgré cette hausse régulière, nous constatons chaque année que certaines catégories de victimes nous contactent moins que les autres. Elles ne sont pourtant pas moins victimes que les autres.
Elles se sentent peut-être plus difficilement victimes que les autres. Elles ont peut-être moins le courage de parler et de se dévoiler. Elles osent moins demander de l’aide. Ou elles nous connaissent tout simplement moins bien.
C’est à partir de ce constat que nous avons décidé de nous adresser en priorité à elles, à travers cette campagne de communication, menée à grande échelle, à Paris et dans nos délégations régionales. C’est dans l’optique de les amener à nous contacter que nous avons décidé de nous adresser plus particulièrement aux jeunes, aux seniors, aux femmes et aux trans.
 
Depuis 20 ans, SOS homophobie écoute les victimes de lesbophobie, de gayphobie, de biphobie et de transphobie, et tente de leur apporter son aide. Notre service d’écoute, anonyme et gratuit, propose aujourd’hui plusieurs moyens pour les victimes et témoins de LGBTphobies de nous contacter : notre ligne d’écoute historique, ouverte tous les jours, un service de tchat, et des échanges par courriel, via un formulaire sur notre site internet ou notre page Facebook. Les plus jeunes peuvent aussi déposer leurs témoignages sur cestcommeca.net, notre site destiné aux adolescent-e-s. Quel que soit le moyen de communication choisi, des équipes formées sont là pour les écouter, les apaiser, les conseiller. Et parfois les réorienter, vers notre service de soutien juridique personnalisé, vers des associations locales ou plus spécialisées, vers des professionnel-le-s, médecins, psychologues, avocat-e-s.

Ne plus se taire face à l’homophobie ordinaire. Ne plus se taire face à la biphobie et la transphobie. Thibault, André, Murielle, Laura, victimes, témoins, réagissez, contactez le service d’écoute de SOS homophobie.

Yohann ROSZÉWITCH, président de SOS homophobie