Extrait de l'introduction

La lesbophobie difficile à identifier ?

Ce terme, créé dans les années 1990 pour désigner les manifestations d'hostilité spécifiques envers les femmes en raison de leur homosexualité réelle ou supposée, est toujours absent des dictionnaires. Les lesbiennes, dans une société encore très largement dominée par les hommes, sont en effet doublement discriminées, en tant que femmes et en tant qu'homosexuelles. Or le tabou qui entoure l'homosexualité féminine, entoure également la lesbophobie elle-même.

D'ailleurs, encore faut-il repérer l'homophobie derrière une attitude hostile. La lesbophobie, empreinte de sexisme, avance rarement à visage découvert, surtout lorsqu'elle provient d'amis ou de la famille. Viols, meurtres et agressions physiques en sont certes les manifestations les plus extrêmes. Mais elles ne sont pas les seules, et certainement pas les plus fréquentes. Bien plus facilement, la lesbophobie surgit au quotidien, dans nombre de paroles et d'actes apparemment anodins : rumeurs, remarques acerbes, moqueries... Le silence imposé, l'invisibilité et le mépris dans lesquels la société tient l'homosexualité féminine sont aussi ses armes, particulièrement nocives car insidieuses.

C'est pourquoi cette enquête repère la lesbophobie dans de nombreuses manifestations (insultes, violences, harcèlement, diffamation, menaces,...) y compris les plus subtiles (comme l'incompréhension, notamment dans la cellule familiale) qui, sans être ouvertement agressives, emmurent les lesbiennes dans la solitude. Ce questionnaire aborde des contextes variés (famille, amis, voisinage, espace public, administration,...). Cela, afin que les femmes qui ont rencontré de l'hostilité, explicite ou tacite, en raison de leur orientation sexuelle, puissent la reconnaître pour ce qu'elle est et en rendre compte, parfois pour la première fois.