Débats à l'Assemblée nationale : témoignages de membres

Des bénévoles de SOS homophobie se relaient pour suivre les débats depuis l'Assemblée Nationale. Retrouvez ici leurs témoignages, qui ne se veulent pas journalistiques, de nombreux médias rendant déjà compte des débats, pour certains en temps réel.

Débats à l'Assemblée nationale - 3è jour, par E., rédactrice au Rapport Annuel

Chaque saison de télé-crochet a sa révélation, chaque débat parlementaire sur un texte d’une telle portée connaît la sienne. L’ouverture du mariage aux couples de personnes de même sexe aura donc révélé au monde : Monsieur Hervé Mariton, député de la Drôme. Des tribunes situées au dessus des bancs de gauche, il nous est d’autant plus aisé à contempler qu’il est dans notre ligne de mire.

Ce vendredi 1er février,  je le vois donc arriver, avec une démarche maritonienne, arborant un costume 3 pièces. Le veston, la chemise et la cravate d’un parme / violet éclatant. Pourquoi relever une telle futilité ? Parce qu’elle donnera corps avec encore plus de vigueur au personnage « Monsieur Mariton » toute cette journée. Monsieur Mariton s’est en effet déjà forgé une belle réputation dans le cadre de l’examen de ce texte : il est LE rappeleur au règlement. Pour rappeler au règlement, rien de bien compliqué : il suffit d’agiter à bout de bras le règlement de l’assemblée en espérant que le président le remarquera et le retiendra. Or, la couverture de ce règlement est justement parme / violette.

Monsieur Mariton est aujourd’hui habillé aux couleurs de son outil législatif de prédilection ! Monsieur Mariton devient règlement. Et c’est donc dans un grand élan de parme / violet que sera scandé tout au long de la journée « Règlement ! ».

C’est d’ailleurs, comme de coutume depuis le début de l’examen de ce texte a-t-on déjà l’impression, par un rappel au règlement par Monsieur Mariton que la séance commence. Le ton de la journée est donné.

 

Cette journée est encore consacrée à la discussion générale sur le texte. Les députés de la majorité prennent la parole depuis leurs rangs, les députés de l’opposition montent à la tribune. On ne manquera pas au débat de plusieurs minutes sur l’imputation ou non du temps de déplacement sur les deux, cinq ou dix minutes de temps de parole accordé.

Sophie Dion monte à la tribune, les lycéens présents dans le public chuchotent alors « Dion ? Comme Céline ? Tu crois que c’est sa cousine ? » (la question reviendra à chaque prise de parole de la députée).

 

Entre les multiples rappels au règlement, sont encore brandis les spectres de la PMA (beaucoup), de la GPA (vraiment beaucoup) et, plus tard dans la journée, celui du clonage ! Il n’est jamais question du mariage ou de l’adoption. Chaque défense d’amendement est prétexte à l’agitation de ces fantasmes, qui n’en seraient pas en raison de la circulaire de la Garde des Sceaux annoncée quelques jours auparavant. Madame Taubira a beau expliquer et réexpliquer le contenu de cette circulaire – qui n’est qu’un texte interprétatif et non normatif – qui vise à rappeler aux officiers d’état civil que si un enfant est né français d’un père français, un certificat de nationalité doit lui être délivré nonobstant les suspicions de naissance par GPA. On ne parle donc que de ça. PMA, GPA, PMA, GPA, PMA, GPA. Ce qui vaudra une belle rétorquade de Madame Taubira « Vous confondez le texte réel et des textes imaginaires (…) On peut écrire des scripts de films tous les jours ici ! »

 

Lorsque l’on s’approche du fond du texte, sur les bancs de la majorité on rappelle l’homophobie qui a cours et qui tue. La députée Carrey-Conte rappelle que SOS homophobie a tiré le signal d’alarme. Le député Bries les qualifie sinon d’homophobes, d’homosceptiques (vocable qui provoque des hurlements en face à n’en plus finir, enfin si, par une suspension de séance). La rhétorique des bancs d’opposition – et plus généralement d’une partie de la population qu’ils représentent convenablement sur ce point – n’est pas ignorée des bancs de la majorité, et lorsque ce début débute sa phrase par « Je ne suis pas homophobe … » la gauche hurle « MAAAIIISS ».

 

Ou l’on nous apprend aussi que le mariage n’a aucun lien avec l’amour et les sentiments puisque «les amoureux n’ont pas besoin de certificat », « la société a créé le mariage pour assurer sa propre pérennité », et qu’il ne repose pas sur la vie sexuelle. Tou-t-es se font tour à tour anthropologues, psychologues, sociologues. Aucun n’oublie ses éléments de langage. Qu’est-ce que c’est qu’un élément de langage ? C’est un ensemble de phrases, périphrases, mots, qu’il faut impérativement utiliser, tant pour faire passer une idée que pour ne pas employer d’autres termes. Les aberrations manifestement et violemment homophobes sont donc gentiment raccompagnée à la porte de l’hémicycle, leur sont substitués les : « droit à l’enfant vs droit de l’enfant », « le cheval de Troie de la GPA », « l’intérêt de l’enfant », « un enfant ne nait pas de deux hommes / femmes »,  « fonder naturellement une famille », « l’enfant sujet de droit et non objet de droit » etc.

 

La séance reprend. Monsieur Mariton est comme toujours extrêmement ponctuel. Il arrive tout souriant, presque candide, tandis que son collègue Monsieur Jacob arrive juste avant la reprise, les bras chargés de parapheurs. Monsieur Mariton commencera d’ailleurs la séance par un rappel au règlement pour questionner les conséquences du retard du gouvernement cet après-midi (les deux ministres étant arrivées avec cinq grosses minutes de retard ce qui a retardé d’autant la séance de 15h).

Où l’on apprendra aussi, au gré des interventions, que Monsieur Mariton lit le Figaro et Tetu.

 

Madame Catherine Vautrin nous explique que dire à un enfant qu’il a deux pères ou deux mères c’est comme dire que le Père Noël est une femme. Ce qui lui vaudra – pour la plus grande satisfaction de ma condition de spectatrice – de se faire appeler Mère Noël toute la journée, et un de ses collègues qui l’a soutenu « Père Noël ». Ça donne quelque chose comme ça :

  • Le Président : La parole est à Madame Vautrin
  • Sur les bancs de la majorité : Aaaah ! Mère Noël
  • Madame Vautrin : La Mère Noël elle va bien !

Imaginez que l’on supprime les conditions d’âge à l’éligibilité à la députation.

La palme du jour de l’opposition revient à une copine de la Mère Noël qui affirmera très fort dans le micro qu’elle est pour que les homosexuels aient les mêmes devoirs mais pas les mêmes droits.

 

Vient un bel échange – même si inutile – entre Monsieur Mariton et Madame Taubira. Si le premier peut être parfaitement agaçant avec ses multiples rappels au règlement qui font perdre un temps monstrueux, il serait injuste de ne pas lui reconnaître de débattre sérieusement. Il soulève des points de droits pertinents qui, certains ont vocation à s’opposer à l’égalité des droits, mais vont sur le terrain de la vraie technique juridique plutôt que sur celui de la démagogie. Du coup je ne sais pas si je préfère les démagogues qui s’opposent à l’égalité sans même prendre la peine d’y réfléchir et d’avoir des propos censés, ou les personnes comme ça qui s’y opposent en prenant la peine de travailler jusqu’à croire trouver la faille juridique du texte qui leur permettra de s’y opposer même si la « faille » n’a aucun lien avec l’ouverture du mariage et de l’adoption.

A la question technique présentée, Madame Taubira répondra encore : « On invente rien Monsieur Mariton », et oui, la question existe déjà dans le cadre du mariage entre personnes de sexes différents. Voilà.

 

Enfin vient le moment du vote sur ces interminables amendements de suppression (c'est-à-dire d’amendements visant à supprimer l’article 1 du projet de loi ; amendements par paquets de dizaines, évidemment tous identiques). Au moment du vote manquent notamment Messieurs Riester, Apparu et Chatel, des membres de l’opposition qui se sont prononcés pour le projet de loi ou qui sont restés très vagues.

Ils ne participeront pas non plus à cet impressionnant mouvement qui saisi l’hémicycle lorsque le Président annonce qu’il est « saisi d’une demande de scrutin public ». A la fin de cette phrase,  les députés se lèvent presque tous d’un seul mouvement, et débute alors une sorte de partie géante de rubik’s cube, de tetris, de snake … où chacun doit regagner son siège, rapidement, en empruntant les quelques rares travées dont l’étroitesse impose que l’on ne circule qu’en file indienne. Un surprenant bazar organisé. Parmi les rares à ne pas avoir à se déplacer car sagement installés à leur place attribuée toute la journée : Monsieur Mariton ( !) et Monsieur Jacob.

 

La séance du soir semble plus relâchée. Elle connaît de longues diatribes au sujet de tweets envoyés par les uns et les autres en marge du débat, Monsieur Mariton baille, Monsieur Fenech brandit le spectre – comme suite à la PMA et la GPA – le clonage façon Raël et Monsieur Myard nous apprend qu’il « fait mieux le poulet au champagne que toutes les femmes qu’il a connu » afin de nous convaincre qu’il n’est pas sexiste.

Lorsque Madame Fort commence ça phrase par « Vous avez l’air d’être pénétrés … » les gloussements se font entendre des rangs sous les tribunes. Député-e-s, mains humain-e-s, nous voilà rassuré-e-s !

 

Au retour de la pause de 23h30, les députés SRC sont agités, chuchotent tous entre eux, font passer des messages sur toute la moitié de l’hémicycle, se font des signes, des clins d’œil … Quelque chose se trame. Des tribunes on entend « on va faire … on vous fera un signe … tous en même temps hein ! ». Que se trame-t-il ? A minuit, c’est l’anniversaire de Christiane Taubira, les députés l’applaudiront chaleureusement et le lui souhaiteront après sa prise de parole post minuit.

 

La réputation de Monsieur Mariton est faite. Alors qu’il s’approche en fin de séance du micro, les bancs SRC crient « Aaaah ! Un rappel au règlement ! », et l’intéressé de répondre d’un air très étonné et preque enfantin « Non ! ». Et non, pour une fois il allait défendre un amendement et non le recueil parme. Il concluera à 1h38 « Nous tiendrons bon », alors que Monsieur Jacob annonce à 2h00 qu’il faut arrêter, ils ne peuvent «pas continuer à débattre après 2h00.

Ils tiendront bon, mais à des heures raisonnables.

 

E. au Rapport Annuel

Débats à l'Assemblée nationale - 2è jour, par L., Intervenante en milieu scolaire

Sur la forme :

L’arrivée à l’AN se fait comme dans un avion : portique, déshabillage, rhabillage, papiers d’identité passés à la photocopieuse, vestiaire obligatoire... Et c’est ainsi, nus de toute technologie et après un rapide sermon plus sévère qu’à l’école (défense de parler, rire, applaudir, pleurer, se lever...) que nous pénétrons dans l’antre de la bête.

Si l’arrivée à la tribune m’a fait l’effet d’une arrivée en classe, l’hémicycle m’a donné la sensation d’une cour de récréation géante pour adulte. Ici et là, on chahute, on bavarde, on interpelle, en se faisant rappeler régulièrement à l’ordre par la maîtresse, j’ai nommé Mr le Président de séance. On lève un livre violet (le règlement) comme on lèverait le doigt pour demander la parole et on pose sur le Président des regards appuyés pour qu’il gronde les camarades dissipés. Comme à l’école, on se passe des petits mots, entre les rangs, mais comme on est chez les grands, des messieurs-dames spéciaux, dûment décorés de sautoirs dorés, ont pour mission de transporter les petits mots à leurs destinataires.

Une partie de la classe est attentive, une partie fait mine de travailler... ou pianotte sur des tablettes dont on aperçoit particulièrement bien d’en haut les couleurs de Facebook et Twitter. Eh oui, les back-stages de l’Assemblée se jouent... en ligne.

A l’Assemblée Nationale, lorsqu’on insulte un camarade, on dit d’abord « mon cher collègue ». On coupe la parole, on interpelle, on hurle s’il le faut. L’objectif étant de donner du corps au débat, du spectacle, du show. Nous sommes en direct sur LCP, nous le savons. D’un côté, on hurle des attaques, de l’autre des cris offusqués et des réponses. Une chanson des bancs de fac me revient en tête : « C’est à babord qu’on gueuleuh, qu’on gueuleuh, c’est à babord, qu’on gueule le plus fort ! - C’EST A TRIBORD, QU’ON GUEULEUH... »

Et puis Christiane Taubira prend la parole. Le calme se fait instantanément. Mais pas pour longtemps. Tout à coup, des applaudissements s’élèvent, s’étoffent, s’accordent. Et puis, on se lève, on hurle « BRAVO !!! ». On s’attendrait presque à entendre scander « UNE-AUTRE ! -UNE-AUTRE ! ».

Pour terminer, je retiendrai ce que j’appellerai l’art de la « clé de micro », véritable numéro de contorsion visant, après une intervention véhémente, à tordre violemment le cou à ce satané micro articulé qui ne saurait garder effrontément la tête haute.

 

Dans le fond :

Dans le fond, les arguments sont toujours les mêmes. Les interventions se suivent et se ressemblent, chacun choisissant ses mots pour exprimer les mêmes idées. A croire que les députés se passent leurs notes entre deux interventions.

A droite, l’argumentaire tourne sur trois paragraphes :

1)  « Le droit de l’enfant » versus « le droit à l’enfant » (NDLR : argument qui porte avec lui le lourd sous-entendu que les couples homosexuels fondant une familles le feraient en suivant une démarche égoïste, contrairement aux couples hétérosexuels qui seraient fondamentalement altruistes... voir notre argumentaire à ce sujet)

2)  L’idée que ce texte créerait une filiation fictive déconnectée de l’engendrement (NDLR : alors même que celle-ci existe déjà depuis des siècles dans le droit ne serait-ce que par la présomption de paternité ou par la PMA avec tiers donneur).

3)  Le glissement systématique vers la PMA et vers la GPA fantasmée comme en découlant nécessairement d’une règle d’égalité entre les couples d’hommes et les couples de femmes. Le gouvernement est alors accusé d’intentions cachées, de projet obscur et sournois qui serait comploté en secret. La circulaire Taubira amène de l’eau au moulin du fantasme de la GPA, si bien que certains sautent carrément les deux premiers arguments cités pour aller directement à la GPA via ce qu’on pourrait qualifier de « circulaire coupe-file ». (voir notre argumentaire à ce sujet)

Je m’interroge : pourquoi impute-t-on aux homosexuels toutes les fictions scientifiques et juridiques (GPA, PMA, filiation non biologique, adoptive) qui ont été crées pour les hétérosexuels et dont ils souhaitent simplement également bénéficier pour leurs familles ? Pourquoi s’offusque-t-on aujourd’hui de l’existence même de qu’on a crée et défendu pour d’autres hier ?
Ma réponse à cette question est l’homophobie latente qui, malgré la véhémence avec laquelle ils s’en défendent, sous-tend les raisonnements de l’opposition. Elle s’exprime simplement par la difficulté qui existe dans l’opposition à regarder le couple l’homosexuel comme égal au couple homosexuel, que la hiérarchie existe d’une manière inconsciente dans les esprits, même si celle-ci n’est pas accompagnée de rejet direct ou de haine.

A gauche, c’est la course à celui/celle qui rentrera le plus dans l’Histoire. Christiane Taubira a placé la barre très haut mardi avec son discours d’ouverture et chacun-e espère briller de sa plume. Ma palme ira probablement à Olivier Dussopt, à sa touchante humilité et à sa phrase finale affirmant à l’opposition « vous avez déjà perdu, la société a déjà changé ».

Elisabeth Guigou, très attendue, est montée à la tribune sous les ricanements de l’opposition : « Reniement ! Reniement ! » scande Hervé Mariton. Malgré l’énergie qu’elle y a mis, son intervention est tombée... à plat. Elle a, à mon sens, raté une occasion historique d’expliquer pourquoi elle a changé d’avis sur l’homoparentalité. Exposer les clés de l’évolution de son raisonnement aurait été particulièrement digne et aurait permis de prendre par la main les éventuels députés UMP qui s’opposeraient par doute plus que par principe, en déconstruisant une à une toutes leurs barrières. Quel dommage...

En somme, c’est du théâtre. Personne n’entre dans le fond du débat qui est à mon sens le suivant : en quoi un père et une mère sont-ils « complémentaires » ?
L’idée de la « complémentarité homme/femme » ne semble être rien d’autre que l’idée des rôles féminins et masculins attachés à chacun par son anatomie et ayant pour conséquence qu’une mère fait des choses qu’un père ne peut faire et vice versa. Le terme « complémentarité », c’est une manière polie de rappeler les stéréotypes sexistes et de dire « hiérarchie » entre les sexes. Derrière la « complémentarité des sexes », ce n’est rien d’autre que le patriarcat qui veille.

Je décernerai sans aucun doute la palme de l’homophobie à l’intervention de M. Azérot qui, non content d’avoir qualifié l’homosexualité de « pratique », l’invite tout simplement à rester loin de l’espace public, dans la sphère « privée », c’est à dire au placard.

Décrivant la lutte pour l’égalité des droits des populations de couleur au moment de la sortie de l’esclavage, il poursuit sa démonstration sans logique en affirmant que c’est en tant qu’homme issu d’un peuple qui a dû lutter pour l’égalité de ses droits qu’il s’engage sur le fait que l’égalité doit exister dans le respect de la différence.
Cette comparaison m’a fait l’effet de l’essai du Grand Rabbin de France : je suis toujours particulièrement touchée lorsque j’entends une personne représentant une minorité opprimée par le passé se lever avec véhémence contre l’égalité des droits entre les couples homosexuels et les couples hétérosexuels.

De ceci je retiendrai deux choses :
La première est que l’Homme n’apprend rien de l’Histoire. L’Histoire se répète et seul le visage que prend la discrimination change.
La deuxième est que l’homophobie, comme l’homosexualité, transcende tous les milieux, toutes les cultures, toutes les société. Elle peut surgir de n’importe où, disparaître là où on l’attend et nous bondir à la gorge là on pensait en être préservé-e-s.

Si je devais faire tenir ma conclusion de cette journée en une phrase, elle serait la suivante : l’homophobie est une discrimination... discriminée.

L., IMSienne (Intervenante en milieu scolaire) de l'association

Débats à l'Assemblée nationale - 1er jour, par F., écoutant de SOS homophobie

Minuit trente. Après 8h dans l'enceinte de l'assemblée nationale à l'occasion de l'ouverture des débats sur le mariage pour tous, plusieurs émotions et plusieurs interventions se bousculent dans ma tête.

Préalablement, deux sensations très opposées méritent d'être soulignées.

La première c'est l'angoisse irrationnelle qui m'a envahi lorsque j'ai vu arriver en même temps que moi Frigide Barjot et son fils âgé de 14 ans. On s'est frôlé. Elle assumait fièrement son invitation par le député Hervé Mariton.
La seconde c'est la reconnaissance qui m'a saisi lorsque je me suis retrouvé nez à nez avec la sociologue Irène Thery et que j'ai pu lui dire tout le bien que m'a fait son intervention à la commission des lois.

Une fois ces deux moments forts restitués, je bascule inévitablement dans les différentes interventions des uns et des autres. Si celle de la présidente de la commission des affaires sociales, Catherine Lemorton, a été intense pour nous lorsqu'elle a nommément cité l'association et qu'elle a fait la lecture intégrale de la charte pour un débat parlementaire respectueux ; elle a rapidement laissé place à la réalité de l'irresponsabilité parlementaire, déclinaison malheureuse de l'immunité des députés.

Henri Guaino, UMP, a ainsi parlé de l'institution du mariage comme étant aussi ancienne que la civilisation, interpelant l'hémicycle avec un « dans quelle civilisation voulez-vous nous faire vivre ? Voilà la question », et « votre dessein est de faire disparaitre les mots de père et de mère de la société ».
Christian Jacob s'interrogeant pour sa part sur les risques d'un tel mariage pour tous car dans ce cas « au nom de quoi empêcher le mariage entre plusieurs personnes (polygamie) et exclure les personnes handicapées ? ».
Le député qui a brandi le règlement intérieur à la manière dont Christine Boutin brandissait une Bible lors des débats sur le Pacs, lorsqu'Alain Tourret fait référence à cette dernière.
François Sauvadet, UDI, qui se demande, si la loi passe, quel regard lui porteront les enfants qui seront confiés à un couple d'hommes ou à un couple de femmes dans quelques années.
Véronique Besse, NI, qui parle d'une loi qui ne prend pas en compte le droit de l'enfant et qui est le fait d'un lobby ultra minoritaire (voir notre argumentaire à ce sujet).
L'interjection « où est le père ? » opposée à Jean-Christophe Fromentin qui raconte l'histoire difficile de deux femmes face à leurs trois enfants conçus dans le cadre de PMA.
Hervé Mariton s'interrogeant au micro jusqu'où s'arrêtera le désir d'enfant et appelant dans le même temps à prendre garde aux expérimentations sur les animaux. Le même qui raconte une anecdote totalement décalée pour justifier son opposition à l'adoption en faisant un parallèle sur le désir d'enfant et l'égoïsme d'une femme célibataire qui pourtant s'investit activement au sein de l'UMP... Le même toujours qui parle du « retour à Rome ».
Et pour finir d'Hervé Mariton (toujours) qui crie au procès inique en homophobie que le gouvernement ferait à l'opposition...

Face à cette succession de haine, de bêtise, de peur, de méchanceté ou tout simplement d'absurdité plusieurs députés de la majorité ont su répliquer.

Véronique Massonneau, écolo, soulignant qu'il ne faut pas confondre égal et identique et rappelant que le droit de l'enfant est bien au cœur de ce projet de loi et que le slogan « un papa, une maman, un enfant » ne fait que stigmatiser les enfants homoparentaux que la République ignore depuis si longtemps.
Bruno Leroux répondant à Hervé Mariton qu'il assume le procès en homophobie qu'il fait à la plupart d'entre eux et qu'ils ne sont qu'un « bal d'hypocrites ». Le même toujours qui souligne que le soit disant lobby gay n'est composé que de nos voisins, nos amis, nos proches et qu'aujourd'hui encore « l'homophobie tue dans notre pays ». Le même toujours qui proclame « qu'il n'est pas nécessaire d'être noir pour combattre le racisme, d'être femme pour combattre le sexisme, d'être homosexuel pour combattre l'homophobie ».
Et puis il y a les interventions emblématiques de Noel Mamère, de la garde des sceaux, de la ministre de la famille, du rapporteur du projet de loi et de la présidente de la commission des affaires sociales. Elles sont déjà relayées sur les réseaux sociaux. Je veux les résumer à ces trois citations que j'ai rapidement pris en note et que j'espère restituer correctement :

  • « Vous refusez des droits à des enfants que vous choisissez de ne pas voir » (C. Taubira)
  • « Aucun couple homoparental n'a l'intention de se faire passer pour les géniteurs de ses enfants » (M-F. Clergeau)
  • « Je me demande si l'homophobie n'aurait pas du être substituée à l'homosexualité dans la liste des maladies mentales lorsque cette dernière a été retirée par l'OMS. Car être homophobe c'est quelque part être un peu malade » (C. Lemorton)


Je me souviendrai aussi de Franck Riester applaudissant Erwann Binet à la fin de son allocution. Ce dernier a rappelé que l'homosexualité a toujours existé et qu'elle est dans la nature. Les familles homoparentales existant aussi, elles ne sont donc pas contre nature. Je serai heureux d'entendre Franck Riester demain s'exprimer sur ce projet qui l'isole de son groupe parlementaire.

La conclusion revient légitimement à Bernard Roman, SRC, qui a clôturé la séance en rappelant la violence et l'homophobie de certains des 5 000 amendements déposés par l'opposition et qui l'a interpelé en ces termes « lorsque vous serez tous confrontés aux amendements dès demain, est ce que vous les voterez tous unanimement ? »

F. (écoutant de l'Association SOS homophobie)

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