Edito

On aurait pu espérer qu'en dix ans, l'homophobie aurait disparu ou se serait tout au moins atténuée dans la société française. Ce n'est malheureusement pas le cas. Certes son visage semble s'être quelque peu modifié, mais la mission de notre association reste toujours actuelle.

En dix ans, les progrès accomplis semblent considérables. Ils le sont en effet sur un certain nombre de points. Le vote du Pacs et le débat de société qui l'a accompagné ont fait avancer les mentalités. Mais il reste du chemin à parcourir ! Si les propos tenus publiquement pendant la période qui a précédé le vote de cette loi semblent d'un autre temps, d'une autre ère, n'oublions pas qu'ils ne datent que de quelques années. Nous voulons croire que des personnalités politiques qui se disent responsables n'oseraient plus aujourd'hui cautionner de tels appels à la haine, nous ne voulons pas pour autant oublier un passé si récent. Nous devons avancer, car nous sommes pressés, pressés d'être enfin reconnus à l'égal des autres citoyennes et citoyens de ce pays. Quand existera-t-il une totale égalité de droit entre hétéros et homos ? Certains nous rétorquent qu'il faut attendre, patienter, que l'opinion publique n'est pas prête. Et bien si elle n'est pas prête, il faut la bousculer un peu ! C'est aussi le rôle des élus de faire avancer les mentalités, d'ouvrir la voie qui conduit à une justice équitable entre tous... Aux politiques de cesser de se cacher frileusement derrière les supposées opinions de leurs électrices et électeurs !

Notre mobilisation est toujours aussi forte et si elle faiblissait les nombreux témoignages que nous recevons quotidiennement nous rappelleraient à l'ordre. Nous portons ces attentes de justice, de reconnaissance, de réparation, de protection dont nous font part les anonymes qui nous contactent. L'an dernier, on nous a parfois dit que notre combat était révolu, qu'il fallait passer à autre chose. Nous avons tenu au contraire à intensifier notre engagement : l'élargissement des plages d'écoute téléphonique, le numéro azur, la possibilité de témoigner également sur Internet ont été autant de moyens que nous avons voulu mettre en place pour qu'un plus grand nombre de personnes puissent témoigner de l'actualité de ce fléau et trouver écoute et soutien auprès de SOS homophobie. Les témoignages ont été en forte hausse en 2003 (+64%), "boostés" sans aucun doute par les moyens mis à la disposition des victimes. Les thèmes abordés sont les mêmes, leur répartition ne varie pas. En 2003 nous avons reçu 468 appels sur la ligne d'écoute et 185 témoignages Internet. La province est plus représentée que la région parisienne, les hommes sont toujours plus nombreux que les femmes à nous contacter (524 témoignages masculins). Face à une grande stabilité dans les thèmes des témoignages reçus, on note cependant une inquiétante progression des agressions physiques homophobes : 12% des témoignages. La médiatisation d'agressions physiques subies par des homosexuels au début de l'année 2004 a mis en avant cette violence toujours actuelle. Oui, les homosexuels sont toujours victimes d'homophobie ! Oui il est urgent d'agir ! D'agir pour Sébastien, brûlé à Noeux-Les-Mines, pour David, violemment agressé à Villetaneuse, qui sont devenus malgré eux les porte-drapeaux de nos combats ! Et agir pour eux, c'est aussi agir pour nous tous !

Avec les lois que nous réclamons et l'égalité de droit qui est essentielle, nous demandons une véritable politique de prévention. Dans les établissements scolaires tout d'abord. Les expériences que nous avons vécues cette année lors de nos interventions dans les collèges et les lycées nous ont totalement assurés du caractère prioritaire qui doit être donné à la prévention de l'homophobie chez les plus jeunes. Dans les entreprises, les administrations, les prisons, au sein de la police nationale et de l'armée, un véritable travail de fond doit être réalisé. Ce travail, nous ne pouvons et ne devons pas le mener seuls. Les pouvoirs publics doivent prendre pleinement conscience des attentes des homosexuels et de l'ensemble des citoyens. Sans une forte volonté politique, aucun progrès réel ne sera accompli. Ainsi, nous proposons qu'une Journée nationale de lutte contre l'homophobie soit décrétée par le gouvernement : journée de sensibilisation, de médiatisation, de communication, outil de combat contre les discriminations, l'ignorance, le refus d'accepter les différences.

Souhaitons que dans dix ans SOS homophobie n'ait plus de raison d'exister ! En attendant, nous continuerons à travailler, à nous mobiliser, à être présents sur le terrain. Nous porterons les témoignages de celles et ceux qui subissent ces violences, ces discriminations, et n'ont toujours pas les moyens de s'en défendre. Nous serons toujours présents pour rappeler aux élus leurs promesses électorales, pour réclamer ce qui nous est dû : l'égalité des droits.

Laure Lagardère (Vice-Présidente) et Ronan Rosec (Président)