Edito

En 1997 paraissait le premier Rapport sur l’homophobie, trois ans à peine après la création de notre ligne d’écoute. Cette première parution d’une soixantaine de pages (déjà !) se donnait pour objectif de qualifier et de tenter de quantifier l’homophobie en France ; de mieux la comprendre pour agir plus efficacement. Le Rapport se devait de proposer une définition argumentée du terme « homophobie » encore méconnu en France, et appelait de ses voeux une évolution de la loi française.

Dix ans plus tard, un constat simple s’impose : la lutte contre l’homophobie n’en est pas au même point. D’une part les médias, comme les politiques, se sont emparés de la plupart des termes propres à nos luttes pour l’égalité des droits entre hétérosexuels et homosexuels, d’autre part la loi a évolué dans la reconnaissance de certains de ces droits au travers du Pacs en 1999, de la loi de modernisation sociale en 2003 et de la loi sur la presse en 2004. Il ne faut pas oublier à quel point ces avancées récentes sont importantes pour les droits des homosexuels, et se souvenir qu’elles constituent pourtant une évidence dans la perspective d’égalité des droits républicaine.
Ainsi les homosexuels ont désormais voix au chapitre, de l’Assemblée nationale à la tétéréalité. Certaines et certains sont parfois même cité(e)s en exemple en tant que référents positifs, plusieurs procès ont été gagnés contre des homophobes coupables d’agressions ou de discrimination, et pourtant...
Le nombre de témoignages reçus sur la ligne d’écoute ou via notre site Internet augmente chaque année (1212 en 2005), le lieu de travail , le voisinage, la famille ou encore le milieu médical ou policier sont encore trop souvent des terrains ou l’homophobie s’exprime dans toute son horreur. Des politiques, des journalistes, des universitaires, des médecins, des religieux s’expriment encore avec véhémence contre les homosexuels, ajustant simplement leurs discours haineux à la nouvelle législation ou inventant de nouvelles façons de stigmatiser les homosexuels. La souffrance liée au climat encore homophobe de notre société est nettement reflétée par le nombre croissant d'appels et de courriels exprimant un mal de vivre. Qu’il s’agisse de sursuicidalité ou d’agressions violentes, on meurt encore d’être homosexuel aujourd’hui en France.

Un travail de longue haleine attend donc notre communauté, (communauté que l’on rêverait moins oublieuse et plus solidaire, et qui est très loin de ce « lobby » que certains « anti-communautaristes » agitent comme un épouvantail), un travail à la fois individuel et collectif. Tout d’abord continuer de refuser le silence et la honte, témoigner, faire appel aux organes de défense (police, syndicats, prud'hommes, etc.), refuser de rester une victime et rappeler sans relâche que c’est l’homophobie le problème, pas l’homosexualité. Et puis il faut éduquer, informer, former celles et ceux qui peuvent véhiculer l’homophobie ou au contraire l’éradiquer, de l’élève au policier en passant par le délégué syndical. C’est dans cette voie que s’est engagée SOS homophobie voici déjà quelques années au travers de modules de sensibilisation, de participations à des débats, d’interventions en milieu scolaire, et c’est dans cette voie que nous comptons avancer, tous ensembles. Nous nous appuierons également sur les priorités d’action proposées par les personnalités interviewées dans ce Rapport. Le racisme ne concerne pas que les noirs dans un pays de blancs. Le « douloureux problème » de l’homophobie concerne tous les citoyens de ce pays qui, s’il a progressé sur les questions que pose l’homosexualité, inquiète aussi par son retard comparé à d’autres états frontaliers ou plus lointains, notamment en ce qui concerne le couple et l'homoparentalité. Nous ne désespérons pas d’être un jour tout à fait fiers de notre République.

Dix ans sont donc passés, dix rapports annuels qui ont proposé une photographie de l’homophobie en France, se voulant à la fois porteurs de la parole des victimes et instruments d’interpellation des médias et des politiques. Dix années de colère, et de quelques satisfactions. Donnons-nous dix ans encore, et parions que nous ferons s’inverser la proportion !

Anne Claret-Tournier (Vice-Présidente) et Flannan Obé (Président)