Edito

Le 25 janvier 2007, la Cour d'appel de Douai confirmait la condamnation de Christian Vanneste. Une victoire, bien sûr, pour toutes les associations qui s'étaient battues pour que les propos homophobes du député UMP soient sanctionnés par la justice. Mais une victoire en demi-teinte.
Certes, on peut se féliciter de la stricte application de la loi du 30 décembre 2004 pour laquelle l'ensemble de la communauté LGBT s'était tant mobilisée. On peut se réjouir que les tribunaux tracent ainsi une stricte frontière entre l'injure et l'opinion.
Mais qu'un représentant de la République, un élu du peuple, membre d'un éminent parti puisse, en 2006, faire publiquement l'apologie de la haine contre une minorité reste en soi un constat d'échec.
Pour un Christian Vanneste, combien d'anonymes ainsi confortés dans des croyances archaïques ? Cette année encore, comme depuis 13 ans, nous mesurons le chemin qu'il reste à parcourir pour pouvoir enfin rayer le mot "homophobie" de notre vocabulaire.
Depuis la création de SOS homophobie en 1994, les avancées ont certes été colossales. Du Pacs à la loi de 2004 sanctionnant les propos homophobes, les gays et les lesbiennes ont conquis une reconnaissance sociale, politique et légale sans précédent. Mais qu'on ne s'y trompe pas les mentalités n'évoluent pas au même rythme que les lois. Et cette année encore, nous constatons que la haine envers les homosexuels reste encore bien vivace en France. En témoigne la recrudescence des agressions physiques. L'été 2006 a ainsi connu une s&ecute;rie d'agressions homophobes d'une extrême violence, dont les médias se sont fait l'écho. Citons pour mémoire Dominique Leclère, assassiné à coups de crosse de fusil dans les Landes, Bruno Wiel, plongé dans le coma suite à un passage à tabac d'une barbarie épouvantable, Laurent Baudouin et Nicolas Concourdel, harcelés et chassés de chez eux à coup de cocktail Molotov. Nos statistiques montrent, hélas, qu'il ne s'agit pas de cas isolés. En 2006, les violences physiques envers les gays représentent encore 12% des témoignages reçus par l'association. S'ajoute à cela une très inquiétante multiplication des cas d'agressions sur les lieux de drague.

Au delà de la sauvagerie des actes, c'est le profil des agresseurs qui frappe : des jeunes gens, souvent mineurs, qui agissent en groupe. Le système éducatif français ne deviendrait-il pas une "machine à fabriquer" des sexistes, des intolérants, des homophobes ?
Tout le monde s'accorde à dire que l'homosexualité semble globalement mieux admise par l'ensemble des Français-es. Mais ce retour d'une homophobie haineuse et violente interroge. Aujourd'hui, la mise en place d'une politique de prévention à l'école est plus qu'urgente. Maintenant que la loi condamne l'homophobie, le système éducatif doit s'engager à faire de même. Les textes existent, il faut qu'ils soient enfin appliqués.

Souhaitons que le nouveau gouvernement ne considère pas la lutte contre l'homophobie comme un seul projet éthique, mais comme une réelle mesure sanitaire et sociale.

Jacques Lizé et Anne Claret-Tournier