Edito

La lutte contre l'homophobie piétine. Ce douzième Rapport sur l'homophobie en est la preuve : notre association a encore reçu en 2007 1263 témoignages d'homophobie et de lesbophobie.

C'est vrai pourtant, des avancées ont eu lieu et la situation des gays et des lesbiennes s'est globalement améliorée durant la dernière décennie : des lois ont été votées, la justice les applique, les médias se font l'écho du combat des personnes LGBT, des actions de prévention sont menées dans certains collèges, dans certaines entreprises et le plan « Santé-Jeunes » de Roselyne Bachelot a pris en compte les souffrances psychiques engendrées par l'homophobie chez les jeunes homosexuel-le-s. Mais nous qui sommes confrontés quotidiennement à la souffrance des homosexuel-le-s victimes de discriminations, d'agressions ou de harcèlement, nous ne pouvons nous contenter d'en rester là. Car, année après année, les témoignages se ressemblent et les statistiques n'évoluent que bien peu. La proportion d'agressions physiques se maintient autour de 10% des témoignages reçus, l'homophobie au travail reste le premier motif d'interpellation de l'association, les cas d'homophobie sur Internet augmentent de façon inquiétante, tout comme les conflits de voisinage. La fréquence des meurtres homophobes nous alarme particulièrement (deux pour le seul mois de janvier 2008) et la jeunesse des agresseurs, souvent des mineurs, nous effraie.

Encore ces chiffres et ces témoignages ne sont-ils que la partie émergée de l'iceberg. Beaucoup d'homosexuel-le-s, agressé-e-s ou discriminé-e-s, se referment sur leur douleur ou leur malaise : victimes d'homophobie mais aussi de la peur de réagir ou du refus de soi. Un faible pourcentage de victimes d'homophobie porte ainsi plainte et dans les cas portés en justice, le motif de l'orientation sexuelle reste trop souvent masqué, par les forces de l'ordre ou les magistrats, mais plus souvent encore par les victimes elles-mêmes.

Partie émergée de l'iceberg également car les lesbiennes témoignent moins que les gays : chaque année, seulement un cinquième environ de témoignages émanent de lesbiennes. Et pourtant, la très large enquête que notre commission lesbophobie a menée fait apparaître et décrypte une lesbophobie, bien réelle – plus de 60% des lesbiennes interrogées ont ainsi déclaré avoir été victimes de lesbophobie au cours de leur vie – et bien spécifique par rapport à la gayphobie. Cette étude, une première en Europe, paraît en même temps que ce rapport.

Face à cette réalité, nous réaffirmons nos revendications : d'une part, la prévention, et pas seulement en milieu scolaire, mais également dans le monde du travail, au sein des forces de police et de gendarmerie, de l'institution judiciaire et en milieu hospitalier ; d'autre part, l'égalité de droits entre hétérosexuel-le-s et homosexuel-le-s, la fin des discriminations institutionnalisées. Pour qu'enfin les lesbiennes et les gays ne soient plus perçu-e-s dans la société comme des êtres à part ou inférieurs.

Pourtant, la politique de prévention promise par le candidat Nicolas Sarkozy a été oubliée par le chef de l'Etat ; son parti, l'UMP, a même investi à Tourcoing, aux élections municipales de mars 2008, un député condamné pour propos homophobes, Christian Vanneste.
Quand la France se montre ainsi frileuse, incohérente et conservatrice, c'est du côté des institutions européennes qu'il faut regarder pour espérer que la lutte contre l'homophobie finira par porter ses fruits et constater qu'heureusement ce combat n'est pas seulement le nôtre. En effet, à travers sa jurisprudence, la justice européenne rappelle que l'égalité n'est pas un vain mot, qu'elle s'applique à toutes et tous, sans exception, et que l'action politique n'a de sens qu'en poursuivant cet objectif. Puisse l'exécutif français entendre ce message et s'en inspirer pour lutter véritablement contre l'homophobie dans notre pays.

Les co-président-e-s, Marion Le Moine et Jacques Lizé