Edito

2008 aura été une année en demi teinte : si nous avons constaté de réelles avancées dans certaines politiques de lutte contre l'homophobie, nous regrettons aussi une stagnation dans la mise en place d'actions positives sur des aspects pourtant préoccupants.

Il y a deux ans, SOS homophobie s'était donné deux axes d'action prioritaire : l'homophobie chez les jeunes et sur le lieu de travail.

Si nous avions choisi de nous pencher sur la violence et le mal-être des adolescents liés à l'orientation sexuelle et l'identité de genre, c'est suite à la publication de plusieurs études qui démontraient que les jeunes homosexuel-le-s ont entre sept et treize fois plus de comportements à risque et conduites suicidaires que les autres. Par ailleurs, notre propre observation révélait que les actes violents envers les homosexuel-le-s semblent majoritairement commis par des moins de vingt-cinq ans. Ainsi, si l'homosexualité semble globalement un peu mieux acceptée dans la société, ce phénomène semble s'inverser chez les jeunes. Les adolescents d'aujourd'hui seront les adultes de demain et ne devons nous pas, en conséquence, nous préparer à un retour en force de la haine ? Malgré les alertes lancées par les associations et les chercheurs sur ce sujet, les politiques de prévention n'avançaient pas, voire se trouvaient bloquées.

En 2008, enfin, avec le soutien de la Halde et de chercheurs, la société civile a réussi à attirer l'attention des ministères concernés, Santé et Éducation nationale notamment, mais aussi des collectivités locales, et à obtenir lamise en place de politiques et des prises de positions claires sur l'urgence de prévenir l'homophobie chez les jeunes. Nous souhaitons que les autorités ne « s'endorment pas sur leur lauriers » et maintiennent ou renforcent les actions positives engagées.

Si nous avions mis en exergue l'homophobie au travail, c'est simplement parce que, cette année encore et depuis notre création, ce contexte reste le plus évoqué dans les cas qui nous sont soumis. Cet ancrage fort a été corroboré par l'enquête du cabinet RCF, commanditée par la Halde, et par de nombreuses observations européennes. Force est de constater que la loi n'a pas toujours d'impact significatif sur les délits. C'est particulièrement le cas dans ce contexte, puisque la modification du droit du travail ne semble pas avoir fait régresser les agressions et discriminations en raison de l'orientation sexuelle dans le milieu professionnel. Les institutions et associations européennes ont alerté les acteurs concernés depuis plusieurs années et si de nombreux pays ont pris en main cette problématique, la France semble creuser son retard.

En effet, en 2008, nous avons constaté une quasi-absence de programmes et de politiques allant dans ce sens, que ce soit de la part des entreprises, des syndicats ou des pouvoirs publics. Si l'on peut entendre de belles prises de positions sur la lutte contre toutes les discriminations de la part des entités concernées, les initiatives concrètes restent sporadiques et l'on ne voit apparaître que des "mesurettes", essentiellement centrées sur les droits des pacsés et tournant radicalement le dos à la lutte contre l'homophobie.

Cette situation provient sans doute du manque de visibilité des actes violents ou discriminatoires envers les homosexuel-le-s dans le monde du travail. Si notre Rapport insiste sur l'importance de ce phénomène, si des enquêtes démontrent que ces actes sont commis chaque jour dans les entreprises et les administrations françaises, les cas qui parviennent aux directions des ressources humaines ou aux délégués syndicaux demeurent extrêmement rares. Pression dumarché du travail en période de crise, poids du tabou, manque de confiance dans les voix de recours sont sans doute les raisons de cette rareté. En conséquence, bien des acteurs restent sur une position de déni de l'homophobie au travail. Et ainsi, les recommandations de la Halde aux entreprises tardent à se mettre en place. Si l'on observe les pratiques adoptées chez nos voisins européens, on constate pourtant que des actions simples et peu onéreuses pourraient faire reculer ce fléau.

La différence de traitement de ces deux aspect de l'homophobie nous conduit à nous interroger : faut-il des procès, des scandales, des suicides ou des crimes pour que la société finisse par prendre en compte une problématique, pour que les acteurs et institutions mettent en place une autre politique que celle de l'autruche ?

Si le combat pour la visibilité des homosexuel-le-s semble bien engagé, celui de la visibilité de l'homophobie reste d'actualité. C'est pourquoi SOS homophobie s’investit d’ailleurs de plus en plus dans la lutte spécifique contre la lesbophobie : trop souvent, l’homosexualité féminine, et les violences et discriminations que subissent les lesbiennes, sont passées sous silence. Gageons que ce Rapport, comme l’Enquête sur la lesbophobie publiée pour la première fois en France en mai 2008, contribueront à visibiliser ces difficultés que peuvent encore rencontrer les gays et les lesbiennes.

Stéphanie Arc, Vice-Présidente, et Jacques Lizé, Président