Rapport annuel 2010


SOS homophobie a publié son rapport annuel 2010 le 17 mai 2010.

Edito

Pour chaque lesbienne, gay ou bi, la question de la visibilité s’est toujours posée. Certain-e-s s’affirment très tôt, vivant et assumant leur orientation sexuelle au grand jour, n’éprouvant pas le besoin de se cacher ou de mentir ; d’autres ne trouvent pas les moyens de se montrer tel-le-s qu’ils-elles sont, ne parlent pas de leur désir, n’osent manifester publiquement leur amour.

Et, si le combat de SOS homophobie est d’aider à une meilleure acceptation de la diversité des orientations sexuelles, mais aussi des identités de genre, il est surtout de faire prendre conscience de la violence dont les homosexuel-le-s et trans peuvent être victimes. La question de la visibilité des personnes se double donc de celle des discriminations et rejets : sait-on suffisamment, aujourd’hui, quelles horreurs au quotidien peuvent rencontrer les gays, lesbiennes, bi et trans ?

Quarante ans après les émeutes de Stonewall à New York, marquant la première manifestation publique de révolte des personnes LGBT, il semble en effet toujours difficile d’alerter l’opinion publique, les médias et la classe politique sur les atrocités auxquelles des citoyen-ne-s peuvent être confronté-e-s en raison de leur orientation sexuelle ou leur identité de genre. Nous pouvons nous féliciter que certaines affaires aient été portées à la connaissance du grand public. A ce titre, SOS homophobie s’était portée partie civile dans le procès de Priscilla et Cynthia, deux jeunes filles obligées de déménager suite à des agressions physiques de la part de voisins. On ne peut imaginer l’enfer que ce couple a traversé ; mais il est frappant de constater que c’est parce que l’affaire avait atteint un certain degré dans le rejet et la haine qu’elle a été médiatisée. Ce n’est que lorsque la violence est spectaculaire qu’elle est considérée.

Aussi, les quelque 1 200 témoignages que SOS homophobie reçoit chaque année en moyenne depuis six ans ne peuvent à eux seuls rendre compte du vécu des victimes qui nous contactent sur notre ligne d’écoute ou témoignent sur notre site Internet. A côté des vandalismes, passages à tabac, viols, meurtres et autres manifestations flagrantes, les agressions sourdes, latentes, insidieuses font légion. Faute de preuves, de trop nombreuses personnes ne peuvent obtenir réparation, ne sont pas même reconnues comme victimes. Une insulte lâchée dans une cage d’escalier par un voisin, une mère qui exclut son fils homosexuel de chaque repas familial, un homme qui ne salue jamais sa collègue  lesbienne… sont autant de comportements de rejet contre lesquels, malheureusement, les homosexuel-le-s et trans sont désarmé-e-s.

En 2009, encore, les militant-e-s de SOS homophobie ont passé plusieurs heures, chaque jour, à écouter des victimes parler de leur impuissance à changer leur situation. Comment lutter contre des agressions difficilement perceptibles ? Il ne faut pas être seulement dans une logique réactive, en intervenant après coup ; il faut agir en amont. C’est pourquoi SOS homophobie intervient depuis de nombreuses années dans les collèges et lycées, mais développe également des modules pour intervenir dans les milieux professionnels, crée un site Internet destiné aux adolescent-e-s LGBT, continue de travailler avec les pouvoirs publics et les associations, est présente sur de nombreux événements pour sensibiliser la population. Car pour lutter contre l’homophobie qui se dérobe, celle qui ne dit pas son nom, la meilleure défense est l’attaque des représentations stéréotypées, amalgames et visions faussées des lesbiennes, gay, bi et trans. Notre bataille contre l’inégalité des droits, qui hiérarchise les sexualités et identités de genre, est donc primordiale. Car si l’on cesse de considérer les homosexuel-le-s et trans comme des citoyen-ne-s de seconde zone, on peut alors prendre la mesure de la gravité des violences perpétrées à leur encontre.

Bartholomé Girard, président
Chrystelle Chopin, vice-présidente
Michel Duvail, vice-président

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