Edito

« Souhaitons que dans 10 ans SOS homophobie n'ait plus de raison d'exister ! », écrivions-nous en 2004 à l'occasion de notre dixième anniversaire. Force est de constater que ce voeu ne s'est pas exaucé et que l'existence de notre association est aujourd'hui plus que jamais nécessaire.

Nous avons malheureusement 20 ans. Comme Paul Nizan, « je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie ». Nous pourrions nous réjouir du vote de la loi sur le mariage pour tou-te-s. Nous pourrions célébrer cette victoire tant attendue et si symbolique, résultat d'années de combat et de lutte. Nous pourrions nous contenter de ce nouveau pas vers l'égalité entre tous les couples et toutes les familles. Mais notre coeur n'est ni à la réjouissance, ni à la célébration, ni au contentement. Cette victoire laisse un goût amer aux lesbiennes, aux gays, aux bi-e-s et aux trans, et à tou-te-s les partisan-e-s de l'égalité.

Nous n'acceptons pas que des personnes aient pu manifester,non pour protéger leurs droits,mais pour empêcher d'autres d'acquérir ces mêmes droits, que des familles soient descendues dans la rue pour empêcher certain-e-s enfants d'être protégé-e-s.

Nous n'acceptons pas que des hommes et des femmes politiques aient pu tenir, au sein même du Parlement, des propos qui ont nourri la haine. Triste écho des débats sur le Pacs, ces paroles décomplexées ont légitimé les insultes et les violences homophobes.

Nous n'acceptons pas que des médias aient passé sous silence les marches pour l'égalité des partisan-e-s du mariage pour tou-te-s, alors qu'ils relayaient largement les manifestations d'opposant-e-s et des propos d'un autre âge. Notre combat pour l'égalité était-il moins beau que les drapeaux roses et bleus de nos adversaires ?

Nous n'acceptons pas les hésitations et les reculades de ceux-là mêmes qui avaient promis l'égalité. Non, la « liberté de conscience » ne peut pas être invoquée pour remettre en cause l'égalité de toutes et de tous et légitimer la violation des lois de la République ! Non, il n'est pas acceptable que le bruit de quelques-un-e-s justifie de repousser à demain une loi de protection pour toutes les familles !

Nous n'oublierons pas celles et ceux qui nous ont soutenu-e-s, les attitudes courageuses des parlementaires qui ont porté notre parole, la « belle et haute voix » de Christiane Taubira. A elles et à eux, merci.

Alors qu'en 20 ans, les témoignages de lesbophobie, de gayphobie, de biphobie et de transphobie reçus par notre association n'ont cessé de croître, leur nombre a littéralement explosé en 2013. Plus de 3 500 témoignages reçus, une hausse de 80 % par rapport à 2012 ! Plus d'une agression physique tous les deux jours !

Ces violences ont un visage. Pendant les débats sur le mariage pour tou-te-s, Wilfred de Bruijn était agressé à Paris avec son compagnon. Les masques sont alors tombés pour laisser la place à une figure meurtrie et ensanglantée. « Ce ne sont pas les manifestants contre l'égalité qui nous ont tabassés. Mais les personnes qui ont une parole publique et tiennent des propos inadmissibles, profondément homophobes, risquent de légitimer des actes, des actions et d'autres paroles homophobes. »

Ces derniers mois, la parole homophobe s'est totalement décomplexée, dans toutes les sphères de la société, alimentée et cautionnée par des silences et des reculades coupables. La soif médiatique de quelques-un-e-s l'a emporté sur le respect de tou-te-s.

Désormais, face à une parole homophobe libérée, les victimes choisissent de parler. L'acceptation grandissante des personnes LGBT et la reconnaissance légale des couples homosexuels, d'abord par le Pacs, aujourd'hui grâce au mariage pour tou-te-s, leur ont permis de ne plus se cacher, de s'affirmer et de prendre conscience de leurs droits.

Depuis 20 ans, nous les défendons et les soutenons. A travers notre ligne d'écoute à destination des témoins et victimes d'homophobie, activité fondatrice de SOS homophobie. A travers notre conseil juridique, nos participations aux procès. Nous serons ainsi présent-e-s aux côtés de Wilfred et Olivier lors du procès de leurs agresseurs dans quelques semaines, aux côtés de Jean-Paul F. et de Jean-Paul B., sauvagement agressés en mars dernier pour s'être simplement enlacés dans la rue.

Le travail de nos bénévoles et de nos membres nous permet de prévenir chaque jour davantage les LGBTphobies. Au cours de l'année écoulée, plus de 15 000 élèves ont ainsi pu bénéficier de nos interventions en milieu scolaire. A celles-ci, s'ajoutent les formations que nous assurons auprès des adultes ou encore notre action auprès des adolescent-e-s, grâce notamment au site cestcommeca.net.

Depuis 20 ans, notre réflexion s'est enrichie. Elle nourrit aujourd'hui une action commune contre la lesbophobie, la gayphobie, la biphobie et la transphobie. La lutte contre chacune de ces discriminations trouve ainsi sa place dans notre association.Ce travail est possible grâce à la mobilisation extraordinaire et quotidienne des membres de SOS homophobie, partout en France, à Paris et dans nos dix-sept délégations régionales.

La loi sur le mariage pour tou-te-s ne nous fera oublier ni nos missions historiques ni nos engagements militants. Chaque jour, nous continuerons à aider et soutenir les victimes de LGBTphobies. Plus que jamais, nous multiplierons nos actions de prévention. Nous continuerons de porter le combat pour l'égalité des droits, pour que la PMA soit accessible à toutes les femmes, que le don du sang soit ouvert aux gays et bisexuels, et que les droits des trans soient pleinement reconnus.

« Dans toutes les larmes s'attarde un espoir », écrivait Simone de Beauvoir. Riche de son passé, de sa diversité et de ses espérances, SOS homophobie écrit aujourd'hui une nouvelle page de son histoire.

Yohann Roszéwitch,
président