La parole à Emmanuelle Cosse, ministre du logement et de l'habitat durable,

A l’occasion des 20 ans du rapport annuel, nous avons souhaité donner la parole à des personnalités extérieures à notre association et recueillir leurs commentaires sur cet étrange anniversaire.

Il y a 10 ans, Emmanuelle Cosse était journaliste pour le magazine Têtu. Interrogée par notre association sur les “priorités d’action pour faire reculer l’homophobie dans les 10 ans à venir”, elle nous livrait une contribution dans laquelle elle plaidait pour le renforcement d’un volet “prévention” de l’homophobie et pour une égalité des droits “pleine et entière”. Depuis, son quotidien a beaucoup évolué, la lutte contre les LGBT-phobies aussi. Quel regard porte-t-elle, aujourd’hui, sur sa contribution de 2006 ?

“Vingt ans de SOS Homophobie, c’est-à-dire 20 ans d’engagement associatif contre la haine et les discriminations, ça se célèbre. Car s’il y a une grande tristesse à se dire que cette longévité reflète aussi la persistance de l'homophobie dans notre société, le chemin parcouru est considérable.

Tout d'abord, aujourd'hui Ministre, mais militante de la lutte contre le sida il y a 20 ans, je voudrais souligner l'immense travail que j’ai vu SOS Homophobie accomplir au fil de ces années, et son impact profond. Recenser, documenter, publier des données sur les actes homophobes a rendu ce sujet tangible et incontournable pour les médias et le grand public. Il a aussi permis que petit à petit les victimes se fassent connaitre, au début anonymement, puis par des témoignages forts, à visage ouvert. C’est ce cheminement qui amène aujourd'hui des victimes à dire stop, haut et fort, dès qu'une infraction est commise. Je veux saluer le courage immense de ces victimes qui demandent à être reconnues comme telles.

Cet anniversaire doit aussi nous rappeler d’où nous venons. Je me souviens qu'en 1995, il n'était pas si simple de se tenir la main pour un couple d'hommes dans les rues de Paris. Alors militante d’Act Up, c’est au quotidien que je constatais combien les expressions d'homophobie, même dans la capitale, étaient fortes. Cette haine ordinaire, avec son corollaire d’agressions sordides et de crimes en raison de l'homosexualité de la victime, nous ne devons pas l’oublier.

Le travail de SOS Homophobie a aussi permis de montrer, au fil du temps, de quelles violences on parle. Je pense notamment aux agressions sexuelles et aux viols dont de nombreuses lesbiennes ont été victimes, en raison de leur homosexualité. Des violences intrafamiliales mais aussi commises sur le lieu de travail.

Le rapport annuel de SOS Homophobie, et les analyses qui en découlent, permet de dévoiler ces actes ignobles et d'ancrer ce sujet dans l'actualité de notre pays, et je crois que c'est pour cela aussi qu'au fil des années, le combat contre l'homophobie a gagné en visibilité, puis au niveau pénal.

Les dernières grandes manifestations de haine, au moment du débat sur le mariage pour tous/toutes, ont pourtant montré que la société française est encore loin d’une tolérance complète et partagée.

C'est pourquoi je ne retire rien de ce que j'écrivais pour SOS Homophobie voici 10 ans, alors en tant que journaliste à Têtu. Nous avons besoin évidemment d'un système pénal clair dans ses positions et son soutien aux victimes. Mais cela ne suffit pas : sans éducation contre la haine et en faveur de la visibilité de l'homosexualité, rien n'avancera. D'où la nécessité d'établir une égalité réelle sur tous les droits, dont la PMA.

Ne nous voilons pas la face sur le mal-être de jeunes homos encore aujourd'hui, sur le taux de suicide important qui les frappe, car cela aussi nous ramène à l’exigence de ne pas faiblir dans la lutte contre l'homophobie.

Alors agissons en même temps pour aider les victimes, pour éduquer contre l’homophobie et pour rendre visible l’homosexualité dans la vie quotidienne. Et c’est quand elle ne sera plus du tout un tabou, ni en politique ni dans l'entreprise privée comme dans la fonction publique, qu’alors nous aurons gagné.

SOS homophobie œuvre depuis 20 ans en ce sens. C’est pourquoi je veux dire à ses militant-es ma profonde reconnaissance pour le travail qu’ils mènent et l’inaltérable combativité dont ils font preuve. Longue vie à SOS Homophobie !”

Emmanuelle Cosse,
Ministre du Logement et de l’Habitat Durable