La parole à Julien Pontes, ancien président du Paris Foot Gay

La dissolution du Paris Foot Gay, le 29 septembre 2015, a été une décision douloureuse. En revanche, elle a été un vrai soulagement pour tous les acteurs du foot et du sport (Fédération française de football, Ligue de football professionnel, ministère des Sports) qui ont renoncé depuis quelques années à lutter contre l'homophobie dans le foot et le sport en général.

Le Paris Foot Gay, fondé en 2003 par Pascal Brethes, a été pionnier dans ce combat. Partant de zéro, il a permis de grandes avancées en 12 ans d'activité : signature de sa charte contre l'homophobie par la Ligue de football professionnel et 9 clubs professionnels (dont le PSG), journées « b. Yourself » au Parc des Princes avec des centaines de jeunes footballeurs, clip contre l'homophobie diffusé dans les stades, rencontres avec des clubs de supporters, sensibilisation de jeunes et formation d'éducateurs, première enquête sur l'homophobie dans les clubs de football professionnel et les centres de formation pour les jeunes.

Cette enquête avait eu un fort écho médiatique en 2013 compte tenu de ses résultats alarmants. En effet, 41 % des joueurs professionnels et 50 % (!) des jeunes en centres de formation se déclaraient hostiles aux homosexuel-le-s, dans un milieu où l'homosexualité est un tabou absolu, où l'homophobie est une norme collective, fédératrice, voire « éducative » : le « pédé », la « tarlouze », la « chochotte » est le repoussoir du groupe, le stéréotype du faible, du maladroit. Dès les premiers coups de ballon, les footballeurs évoluent dans cette banalité de l'homophobie. Les injures homophobes dans les clubs, les stades de foot ne sont jamais sanctionnées. Le football est une des plus importantes usines à homophobie de notre société. Dans ces conditions, il est parfaitement illusoire d'attendre d'un joueur de foot professionnel qu'il fasse son coming out en France.

Faire ce constat en 2016 est terrible. C'est une honte, un déshonneur pour celles et ceux qui exercent des responsabilités sportives ou politiques, qui ont en main tous les indicateurs et les préconisations qui permettraient de lutter concrètement et efficacement contre ce fléau.

Ces préconisations sont parfaitement connues, simples à mettre en œuvre : renforcement des sanctions contre les clubs qui tolèrent les manifestations d'homophobie dans les stades et à leurs abords, mise en place de commissions de surveillance et d'observation dans les stades pour repérer et identifier leurs auteurs, sensibilisation des jeunes, formation des éducateurs et des arbitres, soutien des sponsors et des instances du foot à tout joueur qui souhaiterait faire son coming out (la Fédération hollandaise de football défile à la Gay Pride d'Amsterdam, en France nous en sommes loin...).

Tout est sur la table, mais rien n'est mis en place. Le foot, ce sont deux millions de licencié-e-s, des stars adulées par notre jeunesse sans être toujours exemplaires, des milliards d'euros dont une infime partie pourrait servir à des programmes éducatifs, de lutte contre les discriminations dont l'homophobie. Tout cela est usant, désespérant.

Dernier président de l'association, j'ai moi-même été, pour la première fois, en juillet dernier, victime d'une agression homophobe violente, qui m'a valu 4 jours d'interruption totale de travail. Pour un militant contre l'homophobie qui déplorait depuis des mois l'inaction des pouvoirs publics dans ce domaine, c'était le coup de trop.

Avoir été « lâchés » par la Mairie de Paris a aussi pesé lourdement. Notre refus de soutenir les Gay Games 2018 (événement communautariste à 7 millions d'euros) nous aura coûté cher. Mais nous sommes en cela restés fidèles à nos principes de promotion de la diversité, du refus de l'entre-soi, d'un « communautarisme gay valorisant une identité ségrégative et finalement aboutissant à renforcer les préventions plutôt qu'à les apaiser » (rapport du ministère des Sports, décembre 2013).

Retenons du Paris Foot Gay, de ses membres, joueurs, soutiens et compagnons de route qu'ils ont mis toutes leurs forces dans la bataille. Nous sommes fiers de l'avoir menée loyalement, avec détermination, sans concession.

Julien Pontes

Ancien président du Paris Foot Gay