La parole à l'association OUTrans

En 2012 OUTrans saluait le vote de la loi argentine sur l’identité de genre qui ouvrait notamment la possibilité de changer prénom et mention de sexe à l’état civil sur simple déclaration, sans aucune condition médicale ou psychiatrique. Quatre ans plus tard, de nombreux pays à travers le monde ont suivi, et plusieurs recommandations internationales et européennes sont venues rappeler l’urgence de telles avancées. Pourtant en France, c’est toujours l’enfer des tribunaux qui est imposé aux personnes trans pour accéder au changement d’état civil (CEC).

Dans un mélange de lenteur et d’arbitraire, les exigences médicales et psychiatriques des tribunaux de grande instance font peser sur les personnes trans le poids de la pathologisation et la violence de la normalisation des corps et des identités : preuves de stérilisation, certificats psychiatriques, endocrinologiques et chirurgicaux, « expertises » médico-légales... Ce système inhumain empêche de nombreuses personnes d’accéder au changement d’état civil au moment où elles en ont besoin, les plongeant pour des années dans une épuisante bataille pour accéder au travail, au logement, aux droits les plus élémentaires.

OUTrans, comme beaucoup d’autres associations, demande la mise en place urgente d’une procédure de CEC libre et gratuite en mairie. Accessible à toutes les personnes, mineures et nées à l’étranger comprises, cette procédure doit être instaurée sans délai afin de faire cesser la violence du système actuel et de faciliter l’accès des personnes trans aux ressources (travail, éducation, logement...).

Et du côté de la santé…

L’accueil réservé aux personnes trans dans les établissements médicaux est souvent maladroit, parfois hostile et souvent peu informé sur les transidentités, compromettant ainsi leur accès aux soins. Face à ce constat, nous appelons à la formation et à la sensibilisation des profesionnel-le-s de santé aux enjeux des transidentités et à l’accueil des personnes trans. La vulnérabilité des personnes trans sur le plan de la santé est largement liée à une prise en charge médicale psychiatrisante et normalisante incapable de prendre en compte la diversité des parcours et des réalités trans.

Vulnérables au VIH, hépatites et IST, alors qu’il n'existe ni enquête épidémiologique sur les spécificités trans, notamment sous traitement hormonal, ni campagnes, ni outils de réduction des risques adaptés à nos besoins et nos réalités si les associations trans ne les conçoivent pas.

Vulnérables parce qu’un contexte transphobe permet difficilement de négocier des relations sexuelles protégées, de prendre confiance en soi et d’être conscient-e-s de la valeur de nos personnes. Vulnérables aux agressions et aux discriminations racistes, transphobes, sexistes, lesbophobes, homophobes, putophobes, handiphobes, et la liste n'est pas exhaustive parce qu'être trans c'est aussi et souvent appartenir à plusieurs de ces catégories à la fois.

Lutter contre cette vulnérabilité, c’est d’abord lutter contre la pathologisation et la psychiatrisation des transidentités, principales violences responsables d’une mauvaise estime de soi et qui mettent en danger la santé des personnes trans. C’est lutter pour la libre détermination de nos identités et la libre disposition de nos corps, contre le conditionnement médico-légal de parcours de vie réduits à un « changement de sexe », en décorrélant CEC et traitements médicaux, en mettant fin aux stérilisations et aux expertises médicales dégradantes exigées par les tribunaux.

OUTrans,
association féministe d’autosupport trans, mixte FtM, MtF, Ft*, Mt*, personnes cisgenres