Editorial du Rapport annuel 2017

Triste et malheureux constat : après deux années consécutives de baisse des témoignages, les LGBTphobies progressent à nouveau en 2016 avec une augmentation de 19,5 % des témoignages reçus par SOS homophobie. Les personnes trans sont parmi les premières victimes de cette hausse (+76 % de témoignages). La haine envers les personnes lesbiennes, gays, bi et trans (LGBT) persiste, s'amplifie et s'ancre toujours aussi profondément dans notre société.

Si Internet reste le lieu le plus propice au développement de la parole homophobe et transphobe (22,5 % des témoignages), le climat d'homophobie et de transphobie, alimenté par la banalisation des discours de haine envers les personnes LGBT, est palpable dans toute la société française. L'homophobie quotidienne, subie dans le contexte familial et dans l'entourage proche, dans les lieux publics, à l'école ou au travail, demeure très importante (42 % des témoignages).

Comment comprendre une telle situation ? Au cours des dernières années, les libertés et les droits des personnes LGBT ont fortement progressé en France à l'exemple, en 2013, de la loi ouvrant le mariage et l'adoption aux couples de personnes de même sexe. Plus récemment, on peut souligner l'amorce de la simplification du changement d'état civil pour les personnes trans. L'introduction de la lutte contre l'homophobie dans les programmes scolaires est aussi à saluer, même si des censures alimentées par des discours intolérants et conservateurs persistent autour de la notion du genre. Toutes ces avancées ont donné lieu à l'expression d'une violence extrême mais malheureusement tolérée. Les discours qui tendent aujourd'hui à remettre en cause ces droits alimentent cette haine. Cette tolérance de l'inacceptable légitime et donne toute sa force à la lesbophobie, la gayphobie, la biphobie et la transphobie.

Nous sommes aujourd'hui à la croisée des chemins, à l'un de ces moments où l'histoire hésite. Dans quelle société souhaitons-nous vivre et accueillir nos enfants ? Une société dans laquelle la haine d'autrui est tolérée voire encouragée ? Une société uniforme, dans laquelle toute différence est suspecte ? Une société dans laquelle l'altérité est vécue comme une menace ? Un autre choix est possible : celui d'une société ouverte et inclusive dans laquelle les droits et libertés de chacun-e sont reconnus, indépendamment de son orientation sexuelle ou de son identité de genre, indépendamment de sa différence. Ce temps des choix est le temps durant lequel chacun-e exerce sa liberté et sa responsabilité. Chaque mot, chaque acte qui légitime et encourage l'homophobie rend celui-celle qui le prononce, celui-celle qui le commet complice des violences que subissent les personnes lesbiennes, gays, bi et trans, coupable de construire une société de violence et de haine.

Nous en appelons à la responsabilité des femmes et hommes politiques, des pouvoirs publics. Les combats d'arrière-garde contre les libertés et les droits des personnes LGBT, les promesses non tenues, les hésitations à reconnaître les lesbiennes, les gays, les bi et les trans comme des citoyennes et des citoyens à part entière font le jeu de la haine. Combien de jeunes devront être moqué-e-s et insulté-e-s dans les cours de récréation, combien de discriminations et d'agressions devront encore subir les personnes LGBT, combien de visages tuméfiés et ensanglantés devrons-nous voir pour qu'ils et elles prennent conscience de leurs responsabilités ? Quand toutes les enquêtes d'opinion montrent que la population française approuve très largement l'avancée des droits des personnes lesbiennes, gays, bi et trans, combien de temps encore les décideurs politiques céderont-ils au bruit d'une minorité dont les valeurs d'exclusion et d'intolérance s'opposent aux valeurs républicaines ?

Nous en appelons aussi à la responsabilité de la société civile. Dans les médias, des progrès majeurs ont été accomplis ces dernières années pour mieux lutter contre les LGBTphobies et favoriser une représentation positive des personnes LGBT. Mais ces progrès ne sont pas suffisants. Combien d'émissions devrons-nous encore tolérer dans lesquelles les personnes lesbiennes, gays, bi et trans sont moquées, ridiculisées voire insultées ? Quand le Conseil supérieur de l'audiovisuel acceptera-t-il de regarder avec lucidité une réalité entendue et vue dans les médias par des millions de personnes ? Dans le monde économique, SOS homophobie salue les entreprises qui ont aujourd'hui pris conscience de toute l'importance du combat contre les LGBTphobies. Elles sont malheureusement minoritaires et le sujet est encore trop souvent occulté et nié.

Dans ce contexte, notre action est plus que jamais indispensable ; notre mission reste pleinement d'actualité. Nous continuons et continuerons d'apporter toute l'aide et l'écoute nécessaire aux victimes d'homophobie et de transphobie afin de permettre une prise en charge rapide de victimes souvent désemparées face à la violence subie. La prévention des LGBTphobies en milieu scolaire et sur les lieux de travail sensibilise les plus jeunes et les entreprises aux mécanismes de rejet et d'intolérance. Elle permet de déconstruire les stéréotypes de genre à l'origine de nombreux comportements haineux. Chaque acte de prévention accompli aujourd'hui permettra de diminuer demain les actes homophobes et transphobes.

Plus que jamais, nous poursuivrons la lutte pour les droits et les libertés des personnes LGBT. De nombreux combats restent à mener, qu'il s'agisse notamment du changement d'état civil, qui n'est pas encore entièrement libre et gratuit pour les personnes trans, ou encore de la reconnaissance de la diversité des modèles familiaux. Cette diversité est une richesse pour la société.Ces mesures sont nécessaires pour permettre l'inclusion pleine et entière des personnes LGBT dans une société qui les a trop longtemps privées de leurs droits et de leurs libertés.

SOS homophobie, ses membres et ses soutiens continueront inlassablement à oeuvrer pour la construction d'un monde ouvert dans lequel chacun-e pourra aimer et vivre librement, quelles que soient son orientation sexuelle et son identité de genre. C'est la mission fondatrice que l'association s'est donnée il y a plus de vingt ans. C'est celle que nous continuerons de porter collectivement et de faire vivre. Nous le ferons avec toutes celles et tous ceux qui ont la même volonté et le même désir, la même confiance dans la promesse d'une société ouverte et libre. Notre engagement dans ce combat sera sans limite.

Joël Deumier, président
Véronique Godet, vice-présidente