L'homophobie sur Internet

Haine virtuelle, souffrance réelle

Statistiques 2017 : l'homophobie sur internet

Internet, le défouloir

Avec 320 cas – contre 235 en 2015 –, le nombre de témoignages d’homophobie et de transphobie sur Internet a augmenté en 2016. Il s’agit du premier contexte pour lequel l’association est sollicitée.
Cette hausse témoigne d’une homophobie bien enracinée dans la société, et qui a ressurgi à l’occasion de faits d’actualité comme le débat sur l’ouverture du don du sang aux hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, le drame d’Orlando ou encore la polémique sur les affiches de prévention contre le VIH. Certains témoignages empreints de lassitude déplorent que les questions LGBT restent le théâtre de commentaires hostiles et nauséabonds.

Tweet homophobe signalé à SOS homophobieEn effet, Internet est un lieu propice à la prolifération de discours haineux qui opposent et fragilisent les populations les plus exposées aux discriminations.

Trop souvent, cet espace d’expression échappe à la législation censée l’encadrer. En plus du manque de cohérence législative entre les différents pays, la justice s’accommode mal de l’instantanéité d’un mode d’expression qui laisse supposer aux internautes contrevenant-e-s qu’ils n’auraient pas à subir les conséquences de leurs propos. Pour certain-e-s, Internet demeure un véritable défouloir

Les variantes d’une même haine

Les personnes qui participent à la propagation des discours haineux présentent des profils très divers. Il y a celles et ceux qui banalisent les insultes gayphobes, lesbophobes, biphobes ou transphobes, comme ce blogueur qui, pour illustrer le manque de courage d’un homme politique, tweetait: «La tapette d’ambassadeur de France aux USA a supprimé son tweet.»

Il y a les commentateurs et commentatrices de l’actualité qui voient l’action d’un prétendu «lobby LGBT» partout: « Maintenant ils donnent des tracts dans les établissements scolaires pour apprendre “à sucer un autre homme”, si c’est ainsi qu’ils vont se faire aimer, j’en doute, moi parent, je fais un scandale, chaque adulte a le droit de faire ce qu’il veut de son corps, mais l’incitation à l’homosexualité sur des jeunes, NON.»

Au gré d’un événement qui interpelle, pour se moquer, pour insulter, parfois même sans intention malveillante, l’homophobie et la transphobie ordinaires sont monnaie courante sur Internet. Mais il y a aussi celles et ceux qui clament haut et fort leur haine de l’autre. En témoigne le comportement de certain-e-s twittos qui se font l’écho de hashtags homophobes ( #EnsembleLuttonsContreLesPD, #SiTuVoisUnHomoDansTaFamille, #JournéeContreLesPD ) ou qui publient des messages d’une extrême violence («Désinfecter le monde de l’épidémie de l’homosexualité est un devoir... un devoir de toute l’humanité»,
«Les PD prennent trop la confiance, on va vous chasser comme les skinheads dans les années 1990, bande de sales rats»,
«En vrai ce sont les homosexuels qui auraient dû être dans les camps de concentration #LesHomosexuelsDoiventDisparaitre»
). Twitter restait, en 2016, le site dont les contenus étaient le plus souvent signalés, mais tous les réseaux sociaux sont touchés par ce phénomène. À titre d’exemple, les messages virulents sont légion en commentaires de nombreuses publications Facebook en lien avec l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, lorsque la modération des pages n’est pas assurée. Par ailleurs, il est aujourd’hui encore difficile de s’exposer en tant que personne LGBT ; se faire insulter, harceler voire menacer pour avoir partagé une photo de couple de personnes de même sexe est encore chose commune lorsque l’on ne prend pas garde à rendre son profil privé.

Les signalements reçus ne portent pas que sur les réseaux sociaux, les sites internet classiques ne sont pas en reste. Souvent à la limite de la légalité, certains sites alimentent la désinformation et les préjugés auprès de publics fragiles en quête de réponses. D’autres sites malveillants propagent l’idée que l’on peut choisir de changer d’orientation sexuelle et présentent l’homosexualité comme une maladie dont il faudrait guérir. Sur le blog d’un homophobe notoire on peut lire un texte intitulé «l’homosexualité expliquée à un ado de 11-17 ans» qui prétend que «l’expérience homosexuelle (émoi, baiser, toucher, coucherie, vie commune) blesse et perturbe énormément» ou encore que «l’accueil de la différence des sexes est la condition incontournable de l’expérience de l’Amour vrai». Il existe également de nombreux sites extrémistes qui fédèrent une partie de la population autour de la haine des personnes LGBT. Dans un article intitulé «Attentat islamiste à Orlando, Floride, contre une boîte de nuit pour tantouzes», on peut lire par exemple : «Je reconnais que la mort de gens pareils, des traîtres à leur race non blancs [...], qui en plus de verser dans la décadence publiquement soutiennent l’invasion migratoire, ne suscite pas exactement mon empathie.»

 

L’émergence d’un contre-discours

Face à l’ampleur des LGBTphobies sur Internet, les autorités et les grands acteurs du Web ont du mal à réagir. En 2016, SOS homophobie s’est alliée à SOS racisme et à l’Union des étudiants juifs de France pour dénoncer l’inefficacité des systèmes de modération des principales plateformes Internet (Google, Facebook et Twitter) 1 . Malgré la signature d’un «Code de bonne conduite», qui engage ces acteurs du Web, auprès de la Commission européenne, à supprimer les messages haineux dans un délai de 24 heures, les moyens mis en œuvre pour faire respecter la législation française restent très opaques. Il s’agit pourtant d’un enjeu majeur. Cependant, la répression des discours de haine ne peut pas être la seule réponse, et la mobilisation citoyenne commence à émerger. Après l’attentat LGBTphobe d’Orlando, de très nombreux messages ainsi que des initiatives de soutien ont supplanté les propos haineux de quelquesun-e-s. Pour dénoncer les LGBTphobies, le journal L’Union a par exemple publié dans sa version papier les pires commentaires homophobes postés sur son site internet. Cependant, cette mobilisation demande beaucoup de temps pour espérer raisonner celles et ceux qui font preuve de rejet et d’ignorance. Il est donc important de continuer à se mobiliser pour qu’Internet devienne un espace d’échange, à la fois libre mais aussi bienveillant à l’égard des personnes LGBT.

1 Jean-Michel Pugnière, L’orientation sexuelle, facteur de suicide et de conduites à risque chez les adolescents et les jeunes adultes ? L’influence de l’homophobie et de la victimation homophobe en milieu scolaire, thèse de psychologie, université Toulouse-II-Le Mirail, 2 novembre 2011
2 Conseil de l’Europe, département de la jeunesse : www.nohatespeechmovement.org

Il existe au sein de SOS homophobie un groupe chargé de traquer la violence LGBT-phobe sur Internet. Grâce à ses interventions (recueil de captures d'écran, courriers de rappel de la loi...), de nombreux sites homophobes sont modérés, lorsqu'ils sont hébergés en France. Pour nous signaler un site web présentant des propos LGBT-phobes, vous pouvez utiliser notre [url=/temoigner]formulaire de témoignage[/url].
Vous pouvez rejoindre ce groupe en envoyant un mail à : homophobie.internet@sos-homophobie.org